Qihuang pose les fondations : les trois cent soixante-dix ans de la médecine sous les Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud

Sphygmologie codifiée, acupuncture en un classique, matière médicale collationnée, secours d'urgence en un formulaire — la période de mise en forme du système technique de la médecine chinoise

« La médecine et les drogues sont d’un usage qui touche à la vie même. »

— Wang Xizhi (王羲之) des Jin de l’Est, Recueil de billets (《杂帖》)

En l’an 220, Cao Pi détrôna les Han et les Trois Royaux se dressèrent l’un contre l’autre ; en l’an 589, les Sui anéantirent les Chen du Sud et l’Empire retrouva son unité. Au cours de ces trois cent soixante-dix ans, les feux de guerre de la plaine centrale, les pestes, les populations errantes, les exodes… les historiens l’ont nommé « la plus longue ère de troubles de la Chine ».

Or, c’est précisément sur ces ruines de sang et de feu, que la médecine chinoise accomplit son grand tournant — du « fondement des classiques » à la « mise en forme d’une technique »

  • Wang Shuhe (王叔和) composa le Mai Jing (《脉经》), et la méthode de prise du pouls au cunkou (寸口诊脉法) devint systématique ;
  • Huangfu Mi (皇甫谧) rédigea le Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经》), et l’acupuncture eut désormais son classique à lire ;
  • Ge Hong (葛洪) composa le Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》), et les formules de secours d’urgence se transmirent dix siècles durant ;
  • Tao Hongjing (陶弘景) rassembla le Bencao Jing Jizhu (《本草经集注》), et la matière médicale connut dès lors les usages généraux de toutes les drogues ;
  • Lei Xiao (雷敩) établit le Lei Gong Pao Zhi Lun (《雷公炮炙论》), et la préparation des drogues (炮制) eut ses règles à suivre ;
  • Liu Juanzi (刘涓子) transmit le Gui Yi Fang (《鬼遗方》), et la chirurgie eut son livre où chercher.

Si l’on dit que les Qin et les Han sont « l’os » de la médecine chinoise, alors les Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud en sont « la chair »os et chair réunis font un homme complet.

Le Cabinet Qihuang vous invite aujourd’hui à revenir à cette époque où la guerre et la spéculation intellectuelle coexistaient, pour voir comment « Qihuang pose les fondations » (岐黄筑基) fut mené à bien au milieu du chaos.

I. Contexte de l’époque : pourquoi le chaos devint-il l’âge d’or de la médecine ?

« Les os blancs gisent à découvert dans la campagne ; sur mille li, on n’entend plus un coq chanter. »

— Cao Cao (曹操), fin des Han orientaux, Le Chant de Haoli (《蒿里行》)

1. Trois grands facteurs

🔥 Guerres et pestes incessantes

De la fin des Han aux dynasties du Nord et du Sud, d’après les statistiques de Fan Wenlan, Histoire générale de la Chine (《中国通史》), et de Deng Tietao, Histoire générale de la médecine chinoise · Volume ancien (《中国医学通史·古代卷》), les grandes pestes attestées se comptent par dizaines — la peste de Jian’an (196–220), le désastre de Yongjia (307–313), le soulèvement de Hou Jing (548–552) — au sud du Yangzi comme au nord, les maladies épidémiques régnaient.

Zhang Zhongjing, dans la « Préface originelle du Shanghan Zabing Lun » (《伤寒杂病论·原序》), dit lui-même que, sur deux cents personnes de son lignage, en moins de dix ans, les deux tiers périrent, et le mal du Shanghan causa sept de ces dix décès — tel est le tableau véridique de la peste de Jian’an.

La pression des épidémies força génération après génération de médecins à délaisser la spéculation abstraite et à descendre dans la clinique.

🌿 Union du taoïsme et de la médecine

L’essor du mysticisme des Wei et Jin (魏晋玄学), la grande diffusion du taoïsmeGe Hong et Tao Hongjing furent à la fois de grands maîtres du taoïsme, et des sommités de la médecine et de la pharmacopée.

« Les anciens qui se vouaient à la Voie, tous sans exception, cultivaient en même temps l’art médical, afin de secourir les maux prochains. »

— Ge Hong (葛洪) des Jin, Baopuzi · Section des réponses mêlées (《抱朴子·杂应篇》)

La quête taoïste de l’immortalité (修仙) fit naître de nombreuses expérimentations en matière médicale, en alchimie et en entretien de la vie, et c’est ainsi que furent inventées maintes méthodes de préparation des drogues et maintes formules — ce fut, dans l’histoire de la médecine chinoise, la période singulière de « l’unité du tao et de la médecine » (道医一体).

📜 Climat intellectuel ouvert

Après que les Han eurent élevé le confucianisme au rang de doctrine unique, le mysticisme des Wei et Jin (魏晋玄学) ouvrit la porte à la spéculation. Les grandes familles aristocratiques (门阀士族) cultivaient toutes la médecine ; le vent de « n’être pas un bon Premier ministre, que l’on soit au moins un bon médecin » (不为良相,便为良医) commença à souffler. Les recettes transmises dans le cercle familial et les secrets de maître à disciple connurent en cette période une prospérité sans précédent.

Source : Deng Tietao (dir.), Histoire générale de la médecine chinoise · Volume ancien (《中国医学通史·古代卷》), Renmin Weisheng Chubanshe, 2000, chapitre III « La médecine des Wei, Jin, Nord et Sud ».

2. Quelques chiffres : ce que 370 ans ont légué

Catégorie Ouvrage représentatif Auteur Nature
Sphygmologie Mai Jing (《脉经》) en 10 rouleaux Wang Shuhe Plus ancienne monographie conservée de sphygmologie
Acupuncture Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经》) en 12 rouleaux Huangfu Mi Plus ancienne monographie conservée d’acupuncture
Formulaire Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》) en 8 rouleaux Ge Hong Plus ancien manuel de secours d’urgence conservé
Matière médicale Bencao Jing Jizhu (《本草经集注》) en 7 rouleaux Tao Hongjing Recense 730 drogues
Préparation Lei Gong Pao Zhi Lun (《雷公炮炙论》) en 3 rouleaux Lei Xiao Plus ancienne monographie conservée de préparation des drogues
Chirurgie Liu Juanzi Gui Yi Fang (《刘涓子鬼遗方》) en 5 rouleaux compilé par Gong Qingxuan Plus ancienne monographie conservée de chirurgie
Formulaire Xiaopin Fang (《小品方》) en 12 rouleaux Chen Yanzhi Lecture clinique indispensable des Sui et Tang
Formulaire Jiyan Fang (《集验方》) en 12 rouleaux Yao Sengyuan Formulaire d’État des Zhou du Nord

Six grandes branches disciplinaires, toutes formées sous les Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud — telle est la pesée véritable des quatre caractères « Qihuang pose les fondations » (岐黄筑基).

II. Wang Shuhe (王叔和) : père de la sphygmologie, bienfaiteur de Zhongjing

« La science du pouls est subtile et profonde ; ses formes sont difficiles à distinguer ; la corde et le tendu, le flottant et le creux, se ressemblent en se transformant ; ce qui est clair dans le cœur est obscur sous le doigt. »

— Wang Shuhe (王叔和) des Jin de l’Ouest, Préface du Mai Jing (《脉经·序》)

1. L’homme

Wang Shuhe (王叔和), prénom Xi (熙), vers 201–280 apr. J.-C., originaire de Gaoping (高平) (actuelle région de Weishan au Shandong, selon d’autres sources Zoucheng au Shandong), Médecin impérial en chef des Jin de l’Ouest (西晋太医令).

Ses deux immortels exploits :

  • Premièrement, remettre en ordre le Shanghan Zabing Lun dispersé — ce qui permit à l’enseignement de Zhongjing d’être conservé et transmis ;
  • Deuxièmement, composer le Mai Jing en dix rouleaux — ce qui rendit la sphygmologie chinoise systématique et normée.

Source : Huangfu Mi (皇甫谧) des Jin, Préface du Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经·序》) ; Gan Bozong (甘伯宗) des Tang, Registre des médecins célèbres (《名医录》) ; Lin Yi (林亿) et autres des Song, Préface à l’édition collationnée du Mai Jing (《脉经·校定序》) (Bureau de collation des médecins de l’ère Xianfeng, 1068).

2. « L’enseignement de Zhongjing doit sa transmission à Shuhe »

À la fin des Han orientaux, Zhang Zhongjing composa le Shanghan Zabing Lun (《伤寒杂病论》) en seize rouleaux, qui se dispersa incomplet dans les guerres.

Wang Shuhe, Médecin impérial en chef des Jin de l’Ouest, rassembla les rouleaux restants, les réorganisa et les remit en ordre, transformant le Shanghan Zabing Lun en « Shanghan Lun » (《伤寒论》) et « Jinkui Yaolue Fang Lun » (《金匮要略方论》) (note : le nom « Jinkui Yaolue » fut fixé par la postérité et défini par la collation des Song).

« Zhang Zhongjing, prolongeant le Tangye Jing, composa une dizaine de rouleaux dont l’usage se révéla très efficace. Récemment, le médecin impérial en chef Wang Shuhe a collationné et ordonné les écrits restants de Zhongjing avec une grande finesse. »

— Huangfu Mi (皇甫谧) des Jin, « Préface du Zhenjiu Jiayi Jing » (《针灸甲乙经·序》)

Cette simple phrase « la collation des écrits restants de Zhongjing est d’une grande finesse » est la première grande contribution de Wang Shuhe à la clinique de la médecine chinoise. Sans Shuhe, nous n’aurions probablement, aujourd’hui, ni le Shanghan ni le Jinkui à lire.

3. Mai Jing (《脉经》) en dix rouleaux : le fondement du système sphygmologique

Le Mai Jing (《脉经》), dix rouleaux, quatre-vingt-dix-sept chapitres, achevé vers 280 apr. J.-C., est la plus ancienne monographie de sphygmologie conservée en Chine et dans le monde.

📊 Trois grandes contributions

Premièrement, fixer les noms des vingt-quatre pouls : flottant (浮), profond (沉), lent (迟), rapide (数), glissant (滑), rugueux (涩), vide (虚), plein (实), long (长), court (短), vaste (洪), ténu (微), tendu (紧), paisible (缓), en corde (弦), en peau de tambour (芤), en peau de tambour durcie (革), ferme (牢), mou (濡), faible (弱), dispersé (散), fin (细), caché (伏), agité (动) — les vingt-quatre pouls furent dès lors nommés, définis dans leur forme et dans leur sens.

« Les pouls sont au nombre de vingt-quatre : flottant, profond, lent, rapide… »

Mai Jing, rouleau I (《脉经·卷一》)

Deuxièmement, établir les trois régions et neuf prises au cunkou : reprenant la thèse du Nan Jing « ne prendre que le cunkou » (独取寸口), il précisa davantage les trois régions cun, guan et chi (寸关尺), six secteurs au total à gauche et à droite, avec les trois prises superficielle, moyenne et profonde (浮中沉), formant ainsi la méthode standard de prise du pouls dite « trois régions et neuf prises au cunkou » (寸口三部九候).

Troisièmement, associer pouls, syndrome et formule : le Mai Jing fit correspondre les images du pouls avec les syndromes, les signes et les formules, « pouls, maladie, syndrome et formule » étant liés en un seul fil conducteur — jetant les bases du paradigme clinique de la « référence conjointe au pouls et au syndrome » (脉证合参) pour la postérité.

🌏 Diffusion à l’étranger

  • Vers l’ouest, transmission arabe : au XIe siècle, le grand maître de la médecine arabe Avicenne (Ibn Sina, 980–1037), dans son Canon de la médecine (Canon of Medicine), la partie consacrée à la sphygmologie porte manifestement l’influence du Mai Jing (opinion dominante des études : transmission par la Route de la soie ou par la Perse) ;
  • Vers l’est, transmission au Japon et en Corée : introduit au Japon dès l’époque de Nara (VIIIe siècle), où il fut inscrit au programme officiel d’enseignement médical ;
  • Traductions modernes : en anglais, français, russe, japonais, coréen, de nombreuses traductions circulent.

Source : Lin Yi (林亿) et autres, Préface du Mai Jing collationné (《脉经·序》) ; Wang Xuetai (王雪苔), Encyclopédie de la médecine chinoise · Histoire de la médecine (《中国医学百科全书·医学史》), notice « Wang Shuhe » ; Joseph Needham, Science and Civilisation in China, vol. VI: 6, Cambridge University Press, 2000.

4. Wang Shuhe en une phrase

« Le mérite de Shuhe est à la fois envers Zhongjing et envers la sphygmologie : d’un côté, transmettre l’enseignement de Zhongjing ; de l’autre, ouvrir la porte de la science du pouls. »

Sans lui, la médecine chinoise d’aujourd’hui, eût perdu la moitié de son empire.

III. Huangfu Mi (皇甫谧) : fondateur de l’acupuncture, médecin érudit

« L’homme qui a reçu de ses parents ce corps, qui a huit pieds de stature, et qui ne connaît pas les choses de la médecine, n’est qu’une âme errante ! »

— Huangfu Mi (皇甫谧) des Jin, Préface du Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经·序》)

1. L’homme : de « l’enfant simple » au « Maître Xuanyan »

Huangfu Mi (皇甫谧) (215–282), de zi (字, nom de courtoisie) Shi’an (士安), et de surnom personnel Xuanyan xiansheng (玄晏先生, « Maître Xuanyan »), originaire de Anding Chaona (安定朝那) (aujourd’hui Lingtai au Gansu).

Il était l’arrière-petit-fils du célèbre général des Han orientaux Huangfu Song (皇甫嵩), issu d’une famille illustre, et demeure l’un des plus célèbres exemples de « maturité tardive » de l’histoire — avant vingt ans, on le disait « vagabond et dissipé », et le pays le tenait pour « un enfant simple » (痴儿) ; après vingt ans, admonesté sévèrement par sa tante paternelle Ren (任氏), en une seule nuit il se réveilla, s’enferma pour lire et devint un grand lettré.

« Les hommes lèguent à leurs fils des coffres d’or ; moi, je lègue à mon fils un seul classique. »

— Ren shi (任氏) admonestant Huangfu Mi (cité dans le Livre des Jin · Biographie de Huangfu Mi (《晋书·皇甫谧传》))

2. « Bâtir la médecine par la maladie » : frappé par le blocage du vent, il s’applique à écrire

À quarante-deux ans, Huangfu Mi contracta la maladie du blocage du vent (风痹), la moitié du corps devint immobile, cent drogues n’y firent rien, et il faillit se donner la mort.

Ce fut précisément cette grande maladie qui le décida à se vouer avec ardeur à l’étude de la médecine : « ayant réuni les Suwen, le Zhenjing et le Mingtang Kongxue Zhenjiu Zhiyao, j’en retranchai les mots superflus, en éliminai les redites, en exposai la moelle, et composai le Zhenjiu Jiayi Jing » (集《素问》、《针经》、《明堂孔穴针灸治要》三部,删其浮辞,除其重复,论其精要,撰为《针灸甲乙经》).

« Je composai et assemblai ces trois ouvrages, rangeai ensemble ce qui se ressemblait, retranchai les mots superflus, éliminai les redites, exposai l’essentiel, et cela forma douze rouleaux. »

— Huangfu Mi, Préface du Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经·序》)

Éprouver la méthode sur son propre corps, écrire le livre à travers sa propre maladie — le « Saint de la médecine » Zhang Zhongjing fit ainsi, le « Saint de l’aiguille » Huangfu Mi fit de même.

3. Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经》) : le « Neijing » de l’acupuncture

Le Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经》), de titre complet Zhenjiu Jiayi Jing en trois sections de l’Empereur Jaune (《黄帝三部针灸甲乙经》), 12 rouleaux, 128 chapitres, environ 110 000 caractères, achevé entre 256 et 282 apr. J.-C. environ, est la plus ancienne et la plus complète monographie d’acupuncture conservée en Chine, et la postérité l’a honorée comme le « Neijing de l’acupuncture » (针灸学的内经).

📊 Quatre grandes contributions

Premièrement, fixer 349 points d’acupuncture : 349 points sur le corps entier, 300 points bilatéraux et 49 points uniques, répartis par régions — tête, face, poitrine, abdomen, dos, quatre membres — chaque point étant précisé dans sa localisation, ses indications, sa méthode de puncture et ses contre-indications.

« À cinq fen en arrière du point central du nez, dans la ligne d’implantation des cheveux… » (point Baihui 百会)

Zhenjiu Jiayi Jing, rouleau III (《针灸甲乙经·卷三》)

Deuxièmement, instituer la méthode « disposition des points par région » : abandonnant la complication du Lingshu qui présentait les points « méridien par méridien », il adopta la « présentation par région »extrêmement commode pour la sélection clinique des points, et encore en usage aujourd’hui.

Troisièmement, normer la puncture et la moxibustion : profondeur de puncture, durée de rétention, techniques de tonification et de dispersion, nombre de cônes de moxa, points contre-indiquéspour la première fois, se formaient des normes complètes d’opération de la puncture et de la moxibustion.

Quatrièmement, préciser l’ébauche du « ziwu liuzhu » (子午流注) : la pensée ancienne de « accueil et accompagnement en tonification et dispersion » (迎随补泻) et de l’acupuncture temporelle (时间针灸学) trouve ici ses premières traces.

🌏 Une influence à travers les siècles

  • Sous les Tang : matière obligatoire de la chaire d’acupuncture du Bureau des médecins impériaux (太医署) ;
  • Sous les Song : texte de base du Tongren Shuxue Tujing (《铜人腧穴图经》, « Classique illustré des points sur l’homme de bronze ») de Wang Weiyi ;
  • Sous les Ming : source directe du Zhenjiu Dacheng (《针灸大成》, « Grand accomplissement de l’acupuncture ») de Yang Jizhou ;
  • À l’étranger : le Japon l’appelle « la Bible de l’acupuncture et de la moxibustion » ; la Corée, dans le Uibang Yuchwi (《医方类聚》), lui emprunte plusieurs centaines de passages.

Source : Zhenjiu Jiayi Jing, collation et commentaire (《针灸甲乙经校释》), Renmin Weisheng Chubanshe, 1996 ; Livre des Jin · Biographie de Huangfu Mi (《晋书·皇甫谧传》), Fang Xuanling (房玄龄) et autres des Tang.

4. Huangfu Mi en une phrase

« Sans le Jiayi, il n’y aurait pas d’acupuncture ; sans Huangfu Mi, il n’y aurait pas de science de l’acupuncture. »

IV. Ge Hong (葛洪) : unité du tao et de la médecine, secours au monde

« Embrasser la simplicité, garder l’Un ; paisible et calme, peu de désirs. »

— Ge Hong (葛洪) des Jin, Baopuzi (《抱朴子》)

1. L’homme : maître taoïste, chimiste, médecin

Ge Hong (葛洪) (283–343), de zi (字) Zhichuan (稚川), et de surnom personnel Baopuzi (抱朴子, « Maître qui embrasse la simplicité »), originaire de Danyang Jurong (丹阳句容) (aujourd’hui Jurong au Jiangsu).

Trois identités :

  • Grand maître du taoïsmefondateur de l’école du Fourneau et du Creuset (丹鼎派) ;
  • Pionnier de la chimie — au cours de ses pratiques d’alchimie, il observa un grand nombre de réactions chimiques ; le Baopuzi · Section intérieure (《抱朴子·内篇》) est un document important de l’histoire ancienne de la chimie en Chine ;
  • Médecin — le Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》) traverse les siècles en laissant un parfum impérissable.

Source : Livre des Jin · Biographie de Ge Hong (《晋书·葛洪传》), Fang Xuanling et autres des Tang ; Wang Ming (王明), Baopuzi Neipian Jiaoshi (《抱朴子内篇校释»), Zhonghua Shuju, 1985.

2. Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》) : le manuel de secours d’urgence portatif

Le Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》), de titre originel Zhouhou Jiu Zu Fang (《肘后救卒方》), 3 rouleaux (augmenté à 6 rouleaux par Tao Hongjing des Liang sous le titre Zhouhou Baiyi Fang (《肘后百一方》), puis complété à 8 rouleaux par Yang Yongdao (杨用道) des Jin sous le titre Ge Xianweng Zhouhou Beiji Fang (《葛仙翁肘后备急方》)), achevé vers 340 apr. J.-C. environ.

Les deux caractères « zhouhou » (肘后, « derrière le coude ») signifient « un petit livre que l’on peut porter au coude, toujours avec soi » — c’est le plus ancien « manuel portatif de secours d’urgence » de Chine.

📜 Caractéristiques de l’ouvrage

Ge Hong le dit expressément dans la « Préface du Zhouhou Beiji Fang » (《肘后备急方·序》) :

  • « J’en ai cueilli l’essentiel et l’ai condensé en trois rouleaux formant le Zhouhou Jiu Zu Fang. »
  • Principe de sélection des formules : « la plupart sont des drogues faciles à se procurer et des choses de peu de prix ; celles qu’il faut absolument acheter sont aussi des herbes ou des pierres de peu de coût que l’on peut mendier sans peine. »

Bon marché, faciles à obtenir, faciles à préparer, faciles à retenir — c’est « un livre de médecine écrit pour les pauvres ».

📊 Cinq premières mondiales

Premièrement, description de la variole (vers 311 apr. J.-C. environ) :

« Ces dernières années, il y a une maladie épidémique… des pustules poussent sur la tête, le visage et le corps, couvrant tout le corps en un instant, en forme de pustules de feu, toutes remplies d’un suc blanchâtre. »

Zhouhou Beiji Fang · Formules pour traiter les fièvres pestilentielles et les maladies de la saison tiède (《肘后备急方·治伤寒时气温病方》)

C’est l’une des plus anciennes descriptions cliniques de la variole dans l’histoire mondiale de la médecine, précédent d’environ 600 ans la description du médecin arabe Rhazès (al-Razi, 860–925).

Deuxièmement, description du tsutsugamushi (沙虱病, maladie des acariens) : « Le pou de sable… lorsqu’il se pose sur la peau de l’homme, il s’enfonce dans la chair »la plus ancienne mention du tsutsugamushi dans l’histoire de la médecine mondiale.

Troisièmement, contre la rage : attaquer le poison par le poison :

« Qu’on tue aussi le chien qui a mordu, qu’on en prenne le cerveau et qu’on l’applique sur la plaie ; par la suite, la maladie ne réapparaîtra pas. »

Zhouhou Beiji Fang · Formules pour traiter les morsures des chiens enragés (《肘后备急方·治卒有猘犬凡所咬毒方》)

C’est le tout premier germe de la pensée « immunologique » — en 1885, le Français Louis Pasteur traça par le vaccin antirabique le jeune Joseph Meister — mais Ge Hong le précéda d’environ 1 500 ans.

Quatrièmement, l’armoise pour traiter le paludisme :

« Une poignée d’armoise verte (qinghao), infusée dans deux sheng d’eau, exprimer le jus et le boire entièrement. » (青蒿一握,以水二升渍,绞取汁尽服之。)

Zhouhou Beiji Fang · Formules pour traiter les fièvres paludéennes de froid et de chaleur (《肘后备急方·治寒热诸疟方》)

Ces huit caractères, inspirèrent directement Tu Youyou mille sept cents ans plus tard — en 2015, elle reçut le prix Nobel de physiologie ou de médecine pour l’artémisinine (青蒿素), et, dans son discours de Stockholm, récita publiquement ces huit caractères :

« Cette source d’inspiration nous fit adopter la méthode d’extraction par solvant à bas point d’ébullition ; le 4 octobre 1971, nous obtenions l’échantillon n° 191, qui inhibait à 100 % le plasmodium du paludisme murin. »

— Tu Youyou, Discours de remise du prix Nobel 2015 (nobelprize.org)

Cinquièmement, tuberculose, lèpre, béribéri : toutes reçurent ici pour la première fois des descriptions cliniques détaillées.

Source : Édition collationnée et annotée du Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》), Renmin Weisheng Chubanshe, 2016 ; Tu Youyou, « L’artémisinine — un présent de la médecine traditionnelle chinoise au monde » (《青蒿素——中国传统医药献给世界的一份礼物》), Nature, 2011 ; nobelprize.org, biographie de Tu Youyou.

3. Ge Hong en une phrase

« **Haut, il sut alchimie et quête de la Voie ; bas, il secourut les mourants d’un livre qu’il portait au coude ; au milieu, il transforma le peuple et secourut le monde — c’est bien là la véritable « unité du tao et de la médecine ». »

V. Tao Hongjing (陶弘景) : premier ministre de la montagne, qui parachève la matière médicale

« Que possède donc la montagne ? Sur la crête, beaucoup de nuages blancs. Ils ne peuvent que se donner soi-même joie et plaisir ; on n’ose les offrir en présent à son seigneur. »

— Tao Hongjing (陶弘景) des Liang du Sud, Réponse en vers à la question impériale « Que possède donc la montagne ? » (《诏问山中何所有赋诗以答》)

1. L’homme : le « premier ministre de la montagne »

Tao Hongjing (陶弘景) (456–536), de zi (字) Tongming (通明), et de surnoms personnels Huayang Yinjü (华阳隐居, « l’ermite de Huayang ») et Huayang Zhenren (华阳真人, « l’homme véritable de Huayang »), originaire de Danyang Moling (丹阳秣陵) (aujourd’hui Nankin au Jiangsu).

Il fut le fondateur de l’école Maoshan (茅山宗) du taoïsme, et, sous les Liang du Sud, le conseiller extra-muros (方外之臣) le plus révéré de l’empereur Wu des Liang Xiao Yan — à chaque affaire importante, l’empereur Wu des Liang lui dépêchait en hâte des messagers ; aussi les contemporains l’appelaient-ils « premier ministre de la montagne » (山中宰相).

2. Bencao Jing Jizhu (《本草经集注》) : le relais entre l’ancien et le nouveau dans la matière médicale

Le Bencao Jing Jizhu (《本草经集注》), 7 rouleaux, achevé vers 500 apr. J.-C. environ, est l’inventaire complet et l’amplification que fit Tao Hongjing du Shennong Bencao Jingrecevant l’ancienneté du Bencao originel, il ouvrit la voie au Xinxiu Bencao.

📊 Trois grandes contributions

Premièrement, recenser 730 drogues :

  • Le Bencao originel en comptait 365 ;
  • Tao ajouta les 365 drogues du « Mingyi Bielu » (名医别录) ;
  • soit 730 drogues au total ;
  • pour la première fois, « les drogues du Divin Laboureur » (Shennong) et « les drogues des médecins célèbres » furent consignées dans un même livre — en distinguant les unes en vermillon (朱) pour le Bencao originel, les autres en encre (墨) pour le Bielu.

Deuxièmement, créer la classification « usages généraux de toutes les drogues » (诸药通用) : abandonnant la grossière classification « trois rangs » (上品, 中品, 下品) et subdivisant selon l’origine, les propriétés et les indications : sept catégoriespierres et métaux, herbes et bois, insectes et bêtes, fruits, légumes, céréales et aliments, et « connues mais non employées » (玉石、草木、虫兽、果、菜、米食、有名未用).

C’est la révolution de la classification de la matière médicale chinoise — elle jeta les bases de la tradition millénaire de la « classification par attributs naturels » ; la classification en seize sections du Bencao Gangmu (《本草纲目》) de Li Shizhen en est précisément l’aboutissement extrême.

Troisièmement, normer noms, lieux d’origine, cueillette, préparation et usage des drogues :

  • la pensée de la « drogue authentique de sa région » (道地药材) fut pour la première fois systématisée — « Depuis Jiangdong, les petites drogues diverses… aujourd’hui, sur les chemins proches, on les trouve partout… mais seuls les gens de Jiangdong connaissent peu les matières médicales » (《本草经集注·序》) ;
  • mois et saisons de cueillette : pour chaque drogue furent précisés les meilleurs moments de cueillette ;
  • méthodes de préparation : pour la première fois, enregistrement systématique des principes fondamentaux tels que ôter la tige, ôter le duvet, ôter le cœur, découper.

« La maladie doit être secourue par la drogue, tout comme la faim appelle la nourriture et la soif la boisson. »

— Tao Hongjing, Préface du Bencao Jing Jizhu (《本草经集注·序》)

🌏 Transmission et influence

  • Sous les Tang, Su Jing (苏敬) révisa le Xinxiu Bencao (《新修本草》) (659) en prenant pour base le Jizhu ;
  • Conservés aujourd’hui, les fragments du Bencao Jing Jizhu retrouvés à Dunhuang et à Turfan — conservés dans les musées de Paris, de Londres et du Japon.

Source : Shang Zhijun (尚志钧) et Shang Yuansheng (尚元胜), Bencao Jing Jizhu, Édition collationnée (《本草经集注(辑校本)》), Renmin Weisheng Chubanshe, 1994 ; Rouleau de Dunhuang P.3714 (Bibliothèque nationale de France), fragment de la Préface du Bencao Jing Jizhu (《本草经集注·序录》).

3. Tao Hongjing en une phrase

« À partir du Bencao de Maître Tao, il y eut enfin un plan, une classification, une notion de drogues authentiques, une science de la préparation — le père de la matière médicale, nul autre que Maître Tao n’en est digne. »

VI. Lei Xiao (雷敩) : codifier la préparation, ramener la drogue à sa source

« Toute drogue doit être travaillée et préparée par la cuisson avant de pouvoir entrer dans une formule. »

— Lei Xiao (雷敩) des dynasties du Sud, Préface du Lei Gong Pao Zhi Lun (《雷公炮炙论·序》)

1. L’homme

Lei Xiao (雷敩) (dates de naissance et de mort inconnues), originaire de l’époque des Liu Song du Sud (南朝刘宋) (selon une autre version, des Qi du Sud), père fondateur de la science de la préparation (炮制学).

2. Lei Gong Pao Zhi Lun (《雷公炮炙论》) : monographie fondatrice de la science de la préparation

Le Lei Gong Pao Zhi Lun (《雷公炮炙论》), 3 rouleaux, achevé vers 470 apr. J.-C. environ, recense 300 drogues, et systématise pour la première fois la science de la « préparation » (炮制).

📊 Dix-sept méthodes fondamentales de préparation

Lei Xiao établit le premier « ensemble des dix-sept méthodes de préparation » (炮制十七法) —

Catégorie Méthode Exemple
Préparation par le feu pao, zhi, duan, wei, chao (炮、炙、煅、煨、炒) Aconit grillé (附子炮), réglisse grillée (甘草炙)
Préparation par l’eau zi, pao, xi, piao, shuifei (渍、泡、洗、漂、水飞) Cinabre lavé à l’eau (朱砂水飞)
Préparation par eau et feu combinés zheng, zhu, cui, chan (蒸、煮、淬、燀) Renouée à la vapeur neuf fois, séchée neuf fois (何首乌九蒸九晒)
Préparation avec adjuvants vin, vinaigre, sel, gingembre, miel, urine d’enfant (酒、醋、盐、姜、蜜、童便) Angélique préparée au vin (当归酒制), cyperus préparé au vinaigre (香附醋制)

« Neuf fois à la vapeur, neuf fois au soleil » (九蒸九晒), « à la vapeur avec du vin » (酒蒸), « grillé au miel » (蜜炙) — ces termes de préparation encore en usage aujourd’hui viennent précisément du Lei Gong Pao Zhi Lun.

3. Lei Xiao en une phrase

« La même drogue, préparée ou non, est deux drogues tout à fait distinctes ; la même méthode, instituée par Maître Lei, n’a pas varié en mille ans. »

VII. Liu Juanzi Gui Yi Fang (《刘涓子鬼遗方》) : le premier livre de chirurgie

1. Origine

Le Liu Juanzi Gui Yi Fang (《刘涓子鬼遗方》), rédigé par Liu Juanzi (刘涓子) des Liu Song du Sud, mis en ordre et compilé par Gong Qingxuan (龚庆宣) des Qi du Sud, achevé vers la fin du Ve siècle, en 10 rouleaux à l’origine, dont 5 subsistent aujourd’hui, est la plus ancienne monographie de chirurgie conservée en Chine.

Les deux caractères « gui yi » (鬼遗, « legs du fantôme ») viennent, selon la tradition, de ce que Liu Juanzi aurait reçu les formules en rêve d’un certain Huangfu gui (黄父鬼) ; en réalité, il s’agit d’un prête-nom pour mieux propager l’œuvre — de même que le Bencao prêta le nom de « Shennong » et le Neijing celui de « l’Empereur Jaune ».

2. Points saillants du contenu

  • Diagnostic et traitement des abcès et des anthrax : distinction entre l’abcès (痈) et l’anthrax (疽), description détaillée des trois méthodes de soutien interne, de dispersion interne et d’application externe ;
  • Blessures par le métal et traumatologie : plaies par arme blanche, chutes, coups, brûluresformules et traitements ;
  • Maladies de la peau : dartres, ulcères, fistulesformules spécialisées ;
  • Environ 140 formules recensées, dont une grande partie à usage externeles premiers modèles d’onguents, poudres et applications.

Le double régime « oral + externe » (内服 + 外敷) de la chirurgie chinoise se trouva désormais fondé.

Source : Liu Juanzi Gui Yi Fang, reproduction photographique, Zhongyi Guji Chubanshe, 1986 ; Livre des Sui · Traité des Classiques et des Écrits (《隋书·经籍志》), section « Formulaires médicaux ».

VIII. Floraison des formulaires : Chen Yanzhi, Yao Sengyuan, Fan Wang

« La formule est instituée en raison de la maladie ; le livre est l’instrument qui sauve le monde. »

1. Chen Yanzhi, Xiaopin Fang (《小品方》)

Chen Yanzhi (陈延之) (IVe–Ve siècle environ), des dynasties du Sud, auteur du Xiaopin Fang (《小品方》) en 12 rouleaux« le formulaire le plus utile depuis Jiangzuo » (江左以来).

Sous les Tang, Sun Simiao (孙思邈) et Wang Tao (王焘), dans la rédaction de leurs ouvrages, le citèrent abondamment ; au Japon, sous l’époque Heian (平安时代), il fut inscrit au programme officiel de l’enseignement médical ; l’original se perdit après les Song, mais en 1985, la découverte au monastère de Ninna (仁和寺) au Japon d’un ancien manuscrit fragmentaire provoqua une commotion dans le monde savant.

2. Yao Sengyuan, Jiyan Fang (《集验方》)

Yao Sengyuan (姚僧垣) (499–583), Médecin impérial des Zhou du Nord (北周太医), auteur du Jiyan Fang (《集验方》) en 12 rouleaux« le plus important formulaire des dynasties du Nord ».

Sous les Tang, le Waitai Miyao (《外台秘要》) de Wang Tao le cite abondamment ; l’original est perdu, mais la plus grande partie en subsiste grâce au Waitai.

3. Fan Wang, Fan Wang Fang (《范汪方》)

Fan Wang (范汪) (vers 308–372), haut fonctionnaire des Jin de l’Est, auteur du Fan Wang Fang (《范汪方》) en 176 rouleaux (selon d’autres sources, plus de cent rouleaux), « le premier formulaire des Jin de l’Est »l’original est perdu, et les fragments subsistent dispersés dans le Yixin Fang (《医心方》) et le Waitai Miyao.

Source : Livre des Sui · Traité des Classiques et des Écrits (《隋书·经籍志》), section « Formulaires médicaux » ; Mayanagi Makoto (真柳诚), « Étude sur les fragments du Xiaopin Fang du monastère de Ninna au Japon » (《日本仁和寺〈小品方〉残卷研究》), Kitazato Tōyō Igaku (《北里东洋医学》), vol. 11, 1985.

IX. Institutions et enseignement : les prémices du Bureau des médecins impériaux

1. La vingtième année Yuanjia des Song du Sud (443)

En l’an 443, l’empereur Wen des Song du Sud Liu Yilong (宋文帝刘义隆), en sa vingtième année Yuanjia, « le médecin impérial en chef Qin Chengzu (秦承祖) proposa d’établir un enseignement de la médecine afin d’en élargir la diffusion » (cité dans le Tang Liudian · Rouleau XIV · Bureau des médecins impériaux (《唐六典·卷十四·太医署》)) — le point de départ officiel de l’enseignement officiel de la médecine en Chine.

2. Sous le règne Taihe des Wei du Nord

Sous l’empereur Xiaowen des Wei du Nord (北魏孝文帝), durant les années Taihe (477–499), furent institués les postes de docteur en médecine impériale (太医博士) et d’assistant (太医助教)le commencement de l’enseignement médical systématique dans le Nord.

3. Échanges médicaux entre le Sud et le Nord

Dynasties du Sud : attachement au taoïsme, à l’entretien de la vie, à la matière médicale, aux formulaires — représentés par Ge Hong, Tao Hongjing et Liu Juanzi.

Dynasties du Nord : attachement à la clinique, à l’acupuncture, à l’enseignement officiel, aux paires de drogues — représentés par Xu Zhicai et Yao Sengyuan.

La confluence du Sud et du Nord fournit à la grande floraison de la médecine sous les Sui et les Tang les éléments complets de sa nutrition.

X. Xu Zhicai (徐之才) et l’école des « paires de drogues » (药对)

Xu Zhicai (徐之才) (505–572), médecin réputé des Qi du Nord (北齐), issu d’une lignée familiale de médecins (après Xu Wenbo 徐文伯 et Xu Sibo 徐嗣伯), le plus grand représentant de « la famille Xu, huit générations de médecins » (徐氏八世医).

Il rédigea le Yao Dui (《药对》) en 2 rouleaux (aussi appelé Lei Gong Yao Dui (《雷公药对》)) — la première systématisation de « l’art des combinaisons de drogues » (药物配伍), la théorie selon laquelle « les drogues se nécessitent, s’entraident, se craignent, se détestent, s’opposent, s’éliminent » (相须、相使、相畏、相恶、相反、相杀) y fut pour la première fois codifiée en vue de la mise en formule clinique.

Une grande part de l’expérience sur laquelle repose la théorie postérieure du « souverain, ministre, adjuvant, émissaire » (君臣佐使) prend en réalité sa source dans la lignée de Xu.

Source : Livre des Qi du Nord · Biographie de Xu Zhicai (《北齐书·徐之才传》), Li Baiyao (李百药) des Tang ; Fan Xingzhun (范行准), Esquisse de l’histoire de la médecine chinoise (《中国医学史略》), Zhongyi Guji Chubanshe, 1986.

XI. Échanges médicaux entre la Chine et l’étranger : médecine bouddhique et drogues barbares

1. Entrée de la médecine indienne

Le bouddhisme, entré en Chine depuis la fin des Han orientaux, y amena avec lui la médecine indienne

  • Le Sutra du Bouddha sur la médecine (《佛说佛医经》) (traduit par Zhu Lüyan 竺律炎 et Zhi Qian 支谦 des Wu) — introduisit pour la première fois en Chine la théorie indienne des « quatre grands » (terre, eau, feu, vent) (四大) comme causes de maladie ;
  • Le Sutra de l’Ascète Kāshyapa sur la médecine des femmes (《迦叶仙人说医女人经》) (traduit sous les Wei du Nord) — introduisit les connaissances de gynécologie-obstétrique indiennes.

2. Entrée des drogues barbares

Les drogues barbares (胡药) de la Route de la soieencens (乳香), myrrhe (没药), benjoin (安息香), storax (苏合香), musc (麝香), corne de rhinocéros (犀角), asafoetida (阿魏) — entrèrent en foule en Chine, et le Bencao Jing Jizhu (《本草经集注》) de Tao Hongjing enregistra pour la première fois de nombreuses « drogues barbares ».

3. Diffusion de la médecine chinoise vers l’ouest

Sous les Wei du Nord et les dynasties du Sud, la péninsule coréenne (Goguryeo 高句丽, Baekje 百济, Silla 新罗) et le Japon envoyèrent des « ambassades de médecins » (求医使), qui rapportèrent une grande quantité de classiques médicaux chinois — les « magiciens des formules » (方士) coréens et le Bureau des médicaments (典药寮) japonais, prirent tous naissance à cette époque.

Source : Chen Bangxian (陈邦贤), Histoire de la médecine chinoise (《中国医学史》), première édition, Shangwu Yinshuguan, 1937 ; Deng Tietao (dir.), Histoire générale de la médecine chinoise · Volume ancien (《中国医学通史·古代卷》).

XII. Vue d’ensemble : la médecine des Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud

« Trois cent soixante-dix ans de troubles, et pourtant la Voie médicale devint un âge d’or. »

Époque Dynastie Médecin Œuvre représentative Contribution
220–265 Cao-Wei (Disciples de Hua Tuo : Wu Pu 吴普, Fan A 樊阿) Qin Qiu Xi (五禽戏, Jeu des cinq animaux), transmission des classiques Continuation de la Voie de Hua Tuo
265–316 Jin de l’Ouest Wang Shuhe (王叔和) Mai Jing (《脉经》) en 10 rouleaux Sphygmologie systématisée, remise en ordre du Shanghan
256–282 Jin de l’Ouest Huangfu Mi (皇甫谧) Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经》) en 12 rouleaux Premier livre de l’acupuncture, 349 points
283–343 Jin de l’Est Ge Hong (葛洪) Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》) Manuel de secours d’urgence, armoise pour le paludisme, rage traitée par le poison
308–372 Jin de l’Est Fan Wang (范汪) Fan Wang Fang (《范汪方》) en 176 rouleaux Premier formulaire des Jin de l’Est (perdu)
IVe–Ve siècle Dynasties du Sud Chen Yanzhi (陈延之) Xiaopin Fang (《小品方》) en 12 rouleaux Formulaire clinique, transmis au Japon
Fin du Ve siècle Liu Song du Sud Liu Juanzi (刘涓子) (compilé par Gong Qingxuan) Liu Juanzi Gui Yi Fang (《刘涓子鬼遗方》) Premier livre de chirurgie
Ve siècle Dynasties du Sud Lei Xiao (雷敩) Lei Gong Pao Zhi Lun (《雷公炮炙论》) Premier livre de la préparation, dix-sept méthodes
456–536 Liang du Sud Tao Hongjing (陶弘景) Bencao Jing Jizhu (《本草经集注》) en 7 rouleaux 730 drogues, classification par usages généraux
505–572 Qi du Nord Xu Zhicai (徐之才) Yao Dui (《药对》) en 2 rouleaux École des combinaisons de drogues
499–583 Zhou du Nord Yao Sengyuan (姚僧垣) Jiyan Fang (《集验方》) en 12 rouleaux Premier formulaire du Nord (conservé par le Waitai)

Dix grands médecins, dix grands classiques, répartition disciplinaire complète, système technique forméc’est bien là « Qihuang pose les fondations » (岐黄筑基).

XIII. Pourquoi dit-on que « les Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud sont l’âge des fondations »

1. Du « classique » à la « discipline »

Les quatre grands classiques des Qin et des Han (Neijing, Nan Jing, Shanghan, Bencao) jetèrent les bases de « la théorie, la méthode, la formule et la drogue » de la médecine chinoise ; les Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud, sur cette base, firent se différencier six grandes disciplinessphygmologie, acupuncture, matière médicale, formules, préparation, chirurgie, chacune dotée d’un livre propre et d’un représentant.

Désormais, la médecine chinoise n’était plus « une médecine traditionnelle indistincte », mais « un arbre disciplinaire aux branches touffues ».

2. Du « document » à la « clinique »

Zhongjing d’abord, posa les règles de « la médecine clinique » ; Shuhe, Shi’an, Zhichuan et Yinjü ensuite, firent en sorte que « la médecine clinique » soit véritablement enseignable, étudiable et utilisable.

« Théorie, méthode, formule, drogue, chacune a son lieu »tel est l’apport collectif des médecins des Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud.

3. De la « Chine centrale » à la « Chine et l’étranger »

La médecine bouddhique indienne, les drogues barbares de Perse entrèrent en Chine ; la Corée, le Japon envoyèrent quérir la médecine en Chine — l’internationalisation de la médecine chinoise peut être remontée jusqu’à cette époque.

4. De « l’école officielle » à la coexistence avec « l’école privée »

L’an 443 sous les Song du Sud vit l’instauration de l’enseignement officiel de la médecine ; en même temps, la famille Xu avec ses huit générations de médecins, l’école familiale des Ge et autres médecines familiales brillèrent de tout leur éclat — le double régime « école officielle + école privée » se trouva dès lors établi.

XIV. Échos dans le monde moderne

🌿 Tu Youyou et Ge Hong

En décembre 2015, à Stockholm, Tu Youyou, debout sur la scène du prix Nobel, récita les huit caractères de Ge Hong écrits en l’an 340 :

« Une poignée d’armoise verte, infusée dans deux sheng d’eau, exprimer le jus et le boire entièrement. » (青蒿一握,以水二升渍,绞取汁尽服之。)

Mille sept cents ans d’espace et de temps se trouvèrent, en cet instant précis, traversés — Ge Hong n’aurait jamais imaginé que la petite ligne qu’il écrivit au mont Luofu viendrait, des siècles plus tard, sauver la vie de millions d’enfants africains.

📜 Wang Shuhe et la sphygmologie moderne

La prise du pouls de la médecine chinoise d’aujourd’huiles trois régions au cunkou, les six secteurs gauche et droite, les vingt-quatre poulsvient intégralement de Mai Jing de Wang Shuhe. Les recherches sur les sphygmographes à Taïwan, au Japon et en Corée reposent toujours, pour leur base de données, sur le Mai Jing.

🩺 Huangfu Mi et l’acupuncture mondiale

Les 361 points standard retenus par l’OMS dans la « Norme internationale sur la localisation des points d’acupuncture » de 1989 sont, pour leur immense majorité, issus directement du Zhenjiu Jiayi Jing (《针灸甲乙经》) et du Zhenjiu Dacheng (《针灸大成》) — deux livres qui descendent l’un et l’autre de la lignée de Huangfu Mi.

🌏 Tao Hongjing et le Bencao Gangmu (《本草纲目》)

La classification en seize sections du Bencao Gangmu (《本草纲目》) de Li Shizhen est le développement extrême de la classification en sept parties de Tao Hongjing ; Li, dans les « Règles générales » du Bencao Gangmu, remercie expressément Tao Hongjing : « Depuis que Tao Hongjing fit le Jizhu, la classification commença d’avoir un ordre ».

XV. Conclusion : pourquoi le chaos put poser les fondations

« Les temps troublés font les héros ; les temps troublés font aussi les grands médecins. »

Pourquoi, dans le chaos où « les os blancs gisaient à nu dans la campagne », la médecine chinoise accomplit-elle au contraire son bond du « classique » à la « technique » ?

🌱 Trois grandes raisons

1. Les pestes enfantent la clinique

La mort apprit aux médecins comment faire vivre — si Ge Hong écrivit le Zhouhou Beiji Fang, si Zhang Zhongjing écrivit le Shanghan Zabing Lun, c’est parce qu’ils vécurent, dans les grandes pestes, la vie et la mort de leurs propres yeux.

2. La liberté de la pensée

Les chaînes intellectuelles de l’exclusivisme confucéen des Han se brisèrent dans le mysticisme des Wei et Jin ; les grandes familles aristocratiques purent faire de la médecine leur vocation ; les maîtres taoïstes purent faire de l’alchimie leur artl’ouverture de la pensée enfanta directement l’explosion de la technique.

3. Les échanges entre le Sud et le Nord

Le taoïsme, la matière médicale, les formulaires des dynasties du Sud et l’acupuncture, les paires de drogues, l’enseignement officiel des dynasties du Nord, lors de l’unification de 589 par les Sui, achevèrent leur grande fusionc’est ce qui permit l’« ère des grands médecins » des Tang.

🪶 En une phrase

« Les Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sud, ce sont les trois cent soixante-dix ans où la médecine chinoise passa de « l’os » à « la chair » ; sans ces trois cent soixante-dix ans, il n’y aurait point eu l’« ère des grands médecins » des Sui et des Tang, et il n’y aurait point, aujourd’hui, les « arts de Qihuang ». »

XVI. Les mots du Cabinet Qihuang

« Avant lui Zhongjing, après lui Simiao ; entre les deux, trois cent soixante-dix ans, c’est Shuhe, Shi’an, Zhichuan, Yinjü et d’innombrables grands médecins, qui, rouleau par rouleau, herbe par herbe, aiguille par aiguille, ont élevé la médecine chinoise du « classique » à la « discipline ». »

Aujourd’hui, lorsque nous prenons le pouls — nous usons des « vingt-quatre pouls » de Wang Shuhe ; lorsque nous choisissons un point — nous usons de la « disposition des points par région » de Huangfu Mi ; lorsque nous décoctions les drogues — nous usons des « dix-sept méthodes de préparation » de Lei Xiao ; lorsque nous évoquons « l’artémisinine » — nous nous souvenons de la « poignée d’armoise verte » de Ge Hong.

Tel est le legs des Wei, Jin et dynasties du Nord et du Sudl’« âge des fondations » de la médecine chinoise.


« Le premier ministre de la montagne regagna sa montagne, et Maître Ge, dans la simplicité, trouva sa joie ; Huangfu, alité, sous sa plume traça l’aiguille ; Shuhe, à la lueur de sa chandelle, acheva le Mai Jing. »

Le Cabinet Qihuang, avec vous, continue de traverser les Sui et les Tang et l’« ère des grands médecins », continue de traverser les Song, Jin et Yuan et la querelle des écoles, continue de traverser les Ming et les Qing et les grandes synthèses et l’école des maladies de chaleur — pour parcourir les trois mille ans de la médecine chinoise.

Dans le prochain article, nous irons à Chang’an, sous les Tang, pour rendre visite à celui qui, par les quatre caractères « l’essence et la sincérité du grand médecin » (大医精诚), posa pour mille ans l’éthique médicale — le Roi des médecins, Sun Simiao (孙思邈).

📜 Qihuang pose les fondations ; au milieu du chaos s’accomplit l’œuvre ; la torche n’est pas éteinte, elle se transmet jusqu’à ce matin.

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