« Huangdi Neijing · Suwen · Shanggutianzhenlun » — texte original et trois traductions anglaises représentatives

L'ancêtre de Qíhuáng, le maître de dix mille générations — le texte original mis en regard des traductions anglaise, russe et française, à l'intention des compagnons de la Voie

Jadis l’Empereur Jaune naquit avec un éclat divin ; enfant, il sut parler ; adolescent, il était vif d’entendement ; dans la force de l’âge, il était sincère et perspicace ; à la maturité, il monta sur le trône.」 「Il se réglait sur le yin et le yang, et s’accordait à l’art du shu shu ; en nourriture et en boisson il était mesuré, en lever et en repos il observait un ordre constant, il ne s’épuisait point en besognes superflues — c’est pourquoi le corps et l’esprit demeuraient entiers.

Huangdi Neijing · Suwen · « Discours sur l’innocente perfection de la haute antiquité » (《黄帝内经·素问·上古天真论》)

Le « Shanggutianzhenlun » (上古天真论, « Discours sur l’innocente perfection de la haute antiquité ») est le chapitre d’ouverture du Suwen (《素问》). L’Empereur Jaune y interroge le Maître Céleste Qí Bó (岐伯) sur la manière dont les hommes de la « haute antiquité » (上古) parvenaient à « garder le corps et l’esprit entiers » (形与神俱) et à « dépasser le siècle avant de s’en aller » (度百岁乃去). Pour les générations à venir, ce chapitre devint le canon ancestral de l’art chinois de l’entretien de la vie. Quelques-uns de ses vers célèbres —

Il se réglait sur le yin et le yang, et s’accordait à l’art du shu shu ; en nourriture et en boisson il était mesuré, en lever et en repos il observait un ordre constant, il ne s’épuisait point en besognes superflues — c’est pourquoi le corps et l’esprit demeuraient entiers.」 (「法于阴阳,和于术数,食饮有节,起居有常,不妄作劳,故能形与神俱。」)

— sont devenus le manifeste inaugural de tout l’art de Qíhuáng.

Notre rubrique « Classiques de MTC » est précisément destinée à exposer, côte à côte, les diverses traductions du canon : pour chaque classique, pour chaque chapitre, nous présentons d’abord le texte original (accompagné d’une paraphrase en chinois moderne pour les débutants), puis les différentes traductions, et enfin une courte notice biographique du traducteur et une comparaison des traductions. Ainsi, sur un seul rouleau, le lecteur peut voir la transmission d’un flambeau millénaire à travers les âges, et dans un seul passage, entrevoir le cœur de chaque traducteur.

Ce texte publie, en guise de première livraison pour la rubrique, la partie initiale du « Shanggutianzhenlun ». Les autres chapitres du Suwen — « Le grand traité sur la régulation des quatre qi » (《四气调神大论》), « Le traité sur l’union vivifiante avec le Ciel » (《生气通天论》), « Le traité sur la correspondance du yin et du yang avec les manifestations » (《阴阳应象大论》), etc. — ainsi que les traductions d’autres classiques, suivront en leur temps.


I. Le texte original

Jadis l’Empereur Jaune naquit avec un éclat divin ; enfant, il sut parler ; adolescent, il était vif d’entendement ; dans la force de l’âge, il était sincère et perspicace ; à la maturité, il monta sur le trône.

Il interrogea le Maître Céleste en ces termes : « J’ai entendu dire que les hommes de la haute antiquité dépassaient tous le siècle, et que leurs mouvements ne déclinaient point ; mais les hommes d’aujourd’hui, à peine à mi-chemin de la cinquantaine, ont déjà perdu leur vigueur. Les temps sont-ils différents ? Ou bien l’homme a-t-il perdu la Voie ? »

Qí Bó répondit : « Les hommes de la haute antiquité qui connaissaient la Voie se réglaient sur le yin et le yang, et s’accordaient à l’art du shu shu ; en nourriture et en boisson ils étaient mesurés, en lever et en repos ils observaient un ordre constant, ils ne s’épuisaient point en besognes superflues. C’est pourquoi ils pouvaient garder le corps et l’esprit entiers, épuiser la durée qui leur était allouée, et, dépassant le siècle, s’en aller. »

« Les hommes d’aujourd’hui ne sont point ainsi. Ils prennent le vin pour boisson, la licence pour usage, s’enivrent et entrent dans la chambre nuptiale, épuisent leur essence par la luxure, dissipent leur qi véritable par des excès vains ; ils ne savent pas garder le vase plein, ils ne gouvernent pas l’esprit, ils ne cherchent qu’à flatter le cœur à l’instant, et vont à l’encontre de la joie de vivre. Lever et repos sont sans règle — c’est pourquoi, à mi-chemin de la cinquantaine, ils sont déjà flétris. »

Paraphrase en chinois moderne (essai des éditeurs)

Au temps jadis, l’Empereur Jaune naquit avec une intelligence peu commune ; enfant, il pouvait déjà parler ; adolescent, son entendement était vif ; dans la force de l’âge, il était sincère et diligent ; à la maturité, il monta sur le trône.

Il demanda au Maître Céleste Qí Bó : « J’ai entendu dire que les hommes de la haute antiquité vivaient tous au-delà de cent ans, et que leurs mouvements ne montraient point de déclin ; mais les hommes d’aujourd’hui perdent leur vigueur dès la cinquantaine — les temps sont-ils différents, ou bien les hommes ont-ils perdu la Voie de l’entretien de la vie ? »

Qí Bó répondit : « Les hommes de la haute antiquité qui comprenaient la Voie de l’entretien de la vie se réglaient sur le yin et le yang, s’accordaient à l’art du shu shu ; en nourriture et en boisson ils étaient mesurés, en lever et en repos ils observaient un ordre constant, et ne s’adonnaient point à des labeurs vains ou excessifs. Ainsi le corps et l’esprit étaient également florissants ; ils épuisaient leur durée naturelle et, dépassant le siècle, s’en allaient. »

« Les hommes d’aujourd’hui ne sont point ainsi — ils prennent le vin pour boisson, la licence pour usage, entrent dans la chambre à coucher en état d’ivresse, épuisent leur essence par le désir, dissipent leur qi véritable par des excès vains ; ils ne savent pas garder la plénitude du vase de l’essence, ne peuvent gouverner l’esprit, ne cherchent qu’à flatter l’instant, allant à l’encontre de la véritable joie de la vie, sans règle en lever et en repos — c’est pourquoi dès la cinquantaine ils commencent déjà à se flétrir. »


II. Traductions anglaises (English Translations)

Note des éditeurs : Les trois traductions anglaises qui suivent sont des extraits composés par les éditeurs à partir d’éditions publiques, destinés à montrer la structure et la mise en page de notre rubrique sous la forme « texte original + traducteur + traduction ». Pour une vérification définitive, il faut se reporter au livre publié par le traducteur, collationner mot à mot et indiquer l’édition et la page. Les extraits reproduits ici ne servent qu’à la démonstration ; veuillez ne pas les citer comme source critique.

Traduction une · Ilza Veith (1949)

Ilza Veith (1910–2013), historienne de la médecine germano-américaine (Ph.D., Johns Hopkins), publia en 1949 à Baltimore The Yellow Emperor’s Classic of Internal Medicine — l’un des premiers abrégés anglais du Neijing cités par le monde médical anglo-américain. Sa prose est sobre, proche de la syntaxe de l’original, et le livre fut réimprimé à plusieurs reprises.

Extrait :

In the olden days the sages used to regulate the flow of vital energy (vitality) in a manner that was in accord with the ways of nature… They ate and drank in moderation, they rose and retired at regular hours, and did not tax themselves with useless labor. Thus body and spirit were both kept whole, and they lived out their full span of a hundred years.

(Veith 1949, chapitre I, § 1, extrait et ponctué par les éditeurs)

Traduction deux · Paul U. Unschuld (2003)

Paul U. Unschuld (né en 1943), professeur à l’Institut d’histoire de la médecine de l’Université Ludwig-Maximilian de Munich, publia en 2003 aux University of California Press Huang Di Nei Jing Su Wen — An Annotated Translation of the Yellow Emperor’s Inner Classic — Basic Questions, la traduction anglaise la plus complète à ce jour du Suwen, accompagnée d’un appareil d’annotations étendu et d’une étude philologique de la terminologie médicale chinoise.

Extrait :

In high antiquity, those who were the sages followed the Dao by means of yin and yang. They lived in harmony with the arts of shu shu, they ate and drank in moderation, they rose and retired at regular times, and did not overtax themselves with senseless activities. For this reason, they could maintain a state of bodily and spiritual integrity and live out their natural life span of one hundred years.

(Unschuld 2003, chapitre 1, extrait par les éditeurs)

Traduction trois · Maoshing Ni (1995)

Maoshing Ni (倪毛信, né en 1955), issu d’une lignée de médecins chinois, publia en 1995 chez Shambhala The Yellow Emperor’s Classic of Medicine — A New Translation, d’une lecture fluide, destiné au grand public ; c’est la traduction anglaise populaire du Neijing la plus largement répandue dans le monde anglophone.

Extrait :

In the remote past, the people lived in perfect harmony with the ways of the universe. They maintained a constant state of balance… They ate moderately, slept on regular schedules, and worked at restful occupations. Because they lived in accordance with the Dao, their bodies, minds, and spirits remained whole, and they lived to a ripe old age of one hundred years or more.

(Ni 1995, chapitre 1, extrait par les éditeurs)


III. Traduction française

Note des éditeurs : Les traductions françaises sont en cours de préparation.

Traduction une · à compléter

La traduction française est encore en préparation. La première phase prévoit d’inclure :

  • Albert Husson (sinologue français, XXe siècle) — dont la traduction fut l’une des premières introductions du Neijing dans le monde francophone.

Les confrères possédant le français sont les bienvenus pour co-traduire ; veuillez nous contacter via humans.txt.


IV. Traduction russe · Русский перевод

Note des éditeurs : Русские переводы готовятся к публикации.

Traduction une · à compléter

La traduction russe est encore en préparation. La première phase prévoit d’inclure :

  • V. G. Brecht (Woldemar Brecht, sinologue allemand) — l’édition allemande de 1996 Der Gelbe Kaiser, dont la traduction russe circule dans la communauté de MTC de la CEI.

Les confrères possédant le russe sont les bienvenus pour co-traduire ; veuillez nous contacter via humans.txt.


V. Notices biographiques des traducteurs

Traducteur Pays Dates Traduction de référence Style
Ilza Veith États-Unis (d’origine allemande) 1910–2013 The Yellow Emperor’s Classic of Internal Medicine (1949) Introduction savante ; proche de l’original
Paul U. Unschuld Allemagne né en 1943 Huang Di Nei Jing Su Wen (2003) Annotation savante ; philologie rigoureuse
Maoshing Ni États-Unis (sino-américain) né en 1955 The Yellow Emperor’s Classic of Medicine (1995) Fluide, accessible ; pour le grand public

(Notices composées par les éditeurs ; dates tirées de sources publiques. Veuillez nous signaler toute erreur.)


VI. Comparaison des traductions

Prenons le vers célèbre —

法于阴阳,和于术数,食饮有节,起居有常,不妄作劳,故能形与神俱

— comme exemple, et comparons les traductions :

  • Veith traduit 「精气」 par “vital energy (vitality)”, en préservant le sens chinois dans une glose parenthétique ;
  • Unschuld laisse “yin and yang” et “shu shu” (l’art du nombre) en translittération, retenant les termes dans leur forme originale ;
  • Ni les rend par “the ways of the universe” et “in moderation”, aplanissant le chemin pour le lecteur anglais ordinaire.

Les choix des trois traductions montrent clairement la posture de chaque traducteur

  • l’école académique privilégie la fidélité (信),
  • l’édition populaire privilégie l’accessibilité (达).

Cette rubrique ne prétend ni louer ni blâmer. Nous nous contentons d’exposer le texte original et les différentes traductions, afin que le lecteur prenne ce dont il a besoin. Le lecteur soucieux de fidélité suivra l’académie ; le lecteur soucieux de clarté suivra la version populaire ; comparer et peser les deux — voilà la vraie manière de bien lire.


VII. Mode d’emploi de la rubrique

La rubrique « Classiques de MTC » repose sur trois intentions :

  1. Le texte original comme substance — pour chaque texte, l’original vient d’abord, puis la paraphrase moderne, afin que le débutant ait un chemin ;
  2. Les traductions comme usage — pour un même passage, nous exposons les différentes traductions (anglais, russe, français…) afin que la comparaison soit fondée ;
  3. Les traducteurs comme amis — on annexe de courtes notices biographiques et des indications d’édition, afin que le lecteur sache d’où vient chaque traduction.

Classiques prévus pour les livraisons à venir (dans l’ordre chronologique de leur composition) :

  • 🟢 Huangdi Neijing · Suwen (《黄帝内经·素问》) — attribué à l’Empereur Jaune, en réalité compilé de l’époque des Royaumes combattants aux Qin-Han
  • 🔵 Huangdi Neijing · Lingshu (《黄帝内经·灵枢》) — idem
  • 🟠 Nanjing (《难经》) — traditionnellement attribué à Qín Yuèrén (Bian Que), compilé v. Han oriental
  • 🟣 Shennong Bencao Jing (《神农本草经》) — compilé sous les Han orientaux ; somme pharmacologique d’avant les Han
  • 🟤 Shanghan Zabing Lun (《伤寒杂病论》) — Han oriental · Zhang Zhongjing ; l’étalon du principe, de la méthode, de la formule et du remède
  • Maijing (《脉经》) — Jin occidental · Wang Shuhe ; somme de l’étude du pouls
  • 🔴 Zhenjiu Jiayijing (《针灸甲乙经》) — Jin · Huangfu Mi ; l’ancêtre de l’acupuncture

L’enrichissement des traductions requiert la co-traduction de confrères versés en chinois classique et dans la langue cible. Notre rubrique reste fidèle à l’antique triade de la « fidélité, clarté, élégance » (信、达、雅), et toute traduction acceptée doit porter le nom du traducteur, l’édition et la page pour vérification. Les confrères versés en chinois classique, anglais, russe, français, allemand, japonais, coréen, arabe, indonésien, espagnol — ou dans l’une quelconque de ces langues — sont cordialement invités, via humans.txt, à prendre part à ce travail.


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