Qihuang interroge la Voie : trois mille ans de médecine chinoise — de Shennong goûtant cent herbes à la fondation du Huangdi Neijing
La source de la Voie médicale, née en Cathay
« Qibo (岐伯) dit : … Les hommes de la haute antiquité, ceux qui connaissaient la Voie, suivaient le yin et le yang, et s’accordaient aux nombres et aux arts. » (上古之人,其知道者,法于阴阳,和于术数。)
« L’Empereur Jaune (黄帝) dit : À la bonne heure ! J’ai ouï dire qu’en la haute antiquité il existait des hommes accomplis : ils soulevaient et portaient Ciel et Terre, saisissaient le yin et le yang. » (善哉!余闻上古有真人者,提挈天地,把握阴阳。)
— Huangdi Neijing · Suwen · De l’homme vrai des hautes antiquités et de la candeur céleste (《黄帝内经·素问·上古天真论》)
Qihuang (岐黄) est la désignation la plus ancienne et la plus auguste de la médecine chinoise (中医). Qi (岐) désigne Qibo (岐伯) ; Huang (黄) désigne l’Empereur Jaune (黄帝). L’un est le Fils du Ciel de la haute antiquité ; l’autre est, selon la légende, le maître du Fils du Ciel. Tandis qu’ils interrogeaient et répondaient sur la Voie médicale dans la Salle Lumineuse (明堂), naquit « la science de Qihuang » (岐黄之学), naquirent « les arts de Qihuang » (岐黄之术), naquit « la Voie de Qihuang, transmise à travers dix mille générations sans interruption » (岐黄一道,传之万世而不绝) — cette Voie médicale (医道).
D’où vient donc cette Voie médicale (医道) ? Après avoir parcouru le long chemin de trois mille ans (三千年), quelle racine et quelle âme a-t-elle laissées ?
I. Prologue : qu’est-ce que « Qihuang »
« Qibo (岐伯) était un ministre de l’Empereur Jaune (黄帝). L’Empereur chargea Qibo de goûter les herbes et les arbres, et de présider à la charge des maladies. » (岐伯,黄帝臣也。帝使岐伯尝味草木,典主医病。)
— Mémoires historiques · Supplément aux annales des Trois Augustes (《史记·补三皇本纪》), supplément de Sima Zhen (司马贞) sous les Tang
Les deux caractères « Qihuang » (岐黄) : Qi (岐) désigne Qibo (岐伯) ; Huang (黄) désigne l’Empereur Jaune (黄帝). La majeure partie du Huangdi Neijing (《黄帝内经》) est rédigée selon le modèle « l’Empereur Jaune interroge, Qibo répond » ; c’est pourquoi les générations postérieures appelèrent directement la médecine chinoise (中医) « Qihuang » (岐黄), « les arts de Qihuang » (岐黄之术), « la Voie de Qihuang » (岐黄之道).
Qihuang est le « nom véritable » de la médecine chinoise ; le Cabinet Qihuang (岐黄书房) est, quant à lui, le petit cabinet d’études où nous veillons sur cette Voie médicale (医道).
Aujourd’hui, nous partons de la légende archaïque de Shennong (神农) goûtant cent herbes, et cheminons à travers les inscriptions oraculaires des Xia, Shang et Zhou, les grands médecins des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants, les canons des Qin et des Han, pour voir comment cette Voie médicale (医道) vieille de trois mille ans a pas à pas jeté ses fondements.
II. La haute antiquité : les prémices de la Voie médicale (haute antiquité — Shang et Zhou)
« Shennong (神农) goûta la saveur des cent herbes ; en un seul jour, il rencontra soixante-dix poisons. » (神农尝百草之滋味,一日而遇七十毒。)
— Huainanzi · Traité de l’effort appliqué (《淮南子·修务训》), Liu An (刘安) des Han occidentaux
🌿 Shennong goûtant cent herbes : la source de la matière médicale
En ces temps très anciens, le peuple était-il exempt de maladies et d’épidémies ? — Nullement. Le Huainanzi · Traité de l’effort appliqué (《淮南子·修务训》) dit sans détour de Shennong qu’il « en un seul jour, rencontra soixante-dix poisons » (一日而遇七十毒) ; on voit que, à cette époque, poisons et remèdes coexistaient, et que goûter cent herbes était une exploration au péril de sa vie.
« Shennong (神农), avec un fouet d’ocre, fouetta les herbes et les arbres, commença à goûter cent herbes, et c’est ainsi qu’apparurent la médecine et les drogues. » (神农氏以赭鞭鞭草木,始尝百草,始有医药。)
— Mémoires historiques · Supplément aux annales des Trois Augustes (《史记·补三皇本纪》)
Le Sou shen ji (《搜神记》) de Gan Bao (干宝) des Jin orientaux relate également : « Shennong (神农), avec un fouet d’ocre, fouetta cent herbes, et en connut pleinement la nature — qu’elle fût douce, vénéneuse, froide ou chaude » (神农以赭鞭鞭百草,尽知其平毒寒温之性). Telle est la légende originelle de la « matière médicale » (本草学) postérieure.
Rencontrer soixante-dix poisons en un seul jour — ce n’est pas l’exagération du mythe, mais l’épopée grandiose d’ancêtres qui éprouvèrent les drogues sur leur propre corps et payèrent de leur vie l’avènement de la médecine.
📜 Fuxi inventant les neuf aiguilles : l’origine de l’acupuncture
« Fuxi (伏羲) goûta les saveurs de cent drogues et inventa les neuf aiguilles, afin de sauver ceux que la mort prématurée emportait. » (伏羲氏乃尝味百药而制九针,以拯夭枉焉。)
— Annales des empereurs et rois (《帝王世纪》), Huangfu Mi (皇甫谧) des Jin
Les neuf aiguilles (九针), dit-on, furent forgées par Fuxi (伏羲) — l’aiguille-chancre (鑱针), l’aiguille-rond (员针), l’aiguille-spatule (鍉针), l’aiguille-lame (锋针), l’aiguille-lance (铍针), l’aiguille-rond-tranchant (员利针), l’aiguille-cheveu (毫针), l’aiguille-longue (长针), la grande aiguille (大针), neuf instruments de formes diverses, correspondant à neuf types différents de maladies. C’est l’origine légendaire la plus ancienne de l’acupuncture, reprise et développée plus tard par le Huangdi Neijing · Lingshu (《黄帝内经·灵枢》), c’est pourquoi le Lingshu (《灵枢》) est aussi appelé « le Classique des aiguilles » (《针经》).
🦴 Les inscriptions oraculaires des Shang : les plus anciennes attestations de maladies
Au-delà de la légende, l’évidence empirique avait déjà commencé. Dans les inscriptions oraculaires sur os et écailles (甲骨卜辞) des Shang, subsistent de nombreuses mentions de « maladies » (疾) — « maladie des yeux » (疾目), « maladie des oreilles » (疾耳), « maladie de la bouche » (疾口), « maladie du ventre » (疾腹), « maladie du corps » (疾身) …
D’après le travail de collation de l’Académie chinoise des sciences de la médecine traditionnelle chinoise (中国中医科学院) et d’autres institutions, les noms de maladies identifiables dans les inscriptions oraculaires se comptent par dizaines ; les caractères « malaria » (疟), « gale » (疥), « carie dentaire » (龋), « sorcellerie » (蛊) sont déjà attestés ; on trouve en même temps des inscriptions chamaniques pour « prier pour la guérison » (祈祷愈疾) et « repousser l’épidémie » (御疫) — tel est le visage authentique d’une époque d’« union du chaman et du médecin » (巫医一体).
| Période | Caractère de la Voie médicale | Principales attestations |
|---|---|---|
| Haute antiquité (légende) | Shennong goûtant cent herbes / Fuxi inventant les neuf aiguilles | Huainanzi (《淮南子》), Sou shen ji (《搜神记》), Annales des empereurs et rois (《帝王世纪》) |
| Dynastie Shang (empirie) | Union du chaman et du médecin, divination oraculaire des maladies | Inscriptions oraculaires d’Yinxu (殷墟甲骨文) (env. XIVe–XIe siècle av. J.-C.) |
| Zhou occidentaux | Spécialisation des médecins officiels, attention portée à la « diététique » | Rites des Zhou · Officiers du Ciel (《周礼·天官》) (médecin-diététicien / médecin des maladies / médecin des ulcères / vétérinaire) |
À ce stade, le médecin et le chaman ne s’étaient pas encore pleinement séparés, et la Voie médicale germait lentement entre mythe, magie et expérience.
III. Printemps et Automnes, Royaumes combattants : la Voie médicale se scinde (770–221 av. J.-C.)
Aux Printemps et Automnes et aux Royaumes combattants, cent écoles rivalisèrent, et la Voie médicale (医道) commença aussi à se dissocier de la magie, faisant apparaître des médecins de profession et les ébauches des quatre diagnostics.
🧘 Yi Huan (医缓) et Yi He (医和) : deux célèbres médecins de l’État de Qin
« Le duc étant tombé malade, on chercha un médecin auprès de Qin ; le seigneur de Qin envoya le médecin Yi Huan (医缓) pour le soigner. » (公疾病,求医于秦,秦伯使医缓为之。)
— Chronique de Zuo · Dixième année du duc Cheng (《左传·成公十年》)
Yi Huan (医缓), médecin réputé de l’État de Qin (秦), fut dépêché par le seigneur de Qin (秦伯) pour examiner le duc Jing de Jin (晋景公), et laissa à la postérité l’expression « la maladie a pénétré le gaohuang » (病入膏肓) — « La maladie est incurable : elle est au-dessus du gaohuang (膏肓) et au-dessous du gao ; l’attaquer ne peut l’atteindre, la rejoindre ne peut l’atteindre, les drogues n’y parviennent pas » (疾不可为也,在肓之上,膏之下,攻之不可,达之不及,药不至焉).
Yi He (医和) alla plus loin encore, en formulant la célèbre « théorie des six qi comme causes de maladie » (六气致病说) :
« Le Ciel a six qi… qui, en excès, engendrent six maladies. Les six qi sont : le yin, le yang, le vent, la pluie, l’obscurité et la lumière. » (天有六气,……淫生六疾。六气,曰阴、阳、风、雨、晦、明也。)
— Chronique de Zuo · Première année du duc Zhao (《左传·昭公元年》)
C’est là la source la plus ancienne de la notion de « six excès » (六淫), et ce, de plusieurs siècles antérieur aux « vent, froid, chaleur, humidité, sécheresse, feu » (风寒暑湿燥火) du Huangdi Neijing (《黄帝内经》).
📜 Bian Que (扁鹊, Qin Yueren 秦越人) : le fondateur de la méthode des quatre diagnostics
« Bian Que (扁鹊) était originaire de Zheng, dans la commanderie de Bohai ; il portait le patronyme Qin (秦), et son prénom était Yue (越). » (扁鹊者,勃海郡郑人也,姓秦氏,名越人。)
— Mémoires historiques · Biographie de Bian Que et du prince de Cang (《史记·扁鹊仓公列传》), Sima Qian (司马迁) des Han occidentaux
Bian Que (扁鹊) est, dans l’histoire de la médecine chinoise, le premier médecin de haut rang à disposer d’une biographie officielle. Le Mémoires historiques · Biographie de Bian Que et du prince de Cang relate en détail ses gestes médicaux — scruter le teint du marquis Huan de Qi (望齐桓侯之色), diagnostiquer la mort apparente du prince de Guo (诊虢太子尸厥), passer par Handan pour y traiter les maladies des femmes (过邯郸为带下医) …
Le plus célèbre est l’épisode « cacher sa maladie et refuser le médecin » (讳疾忌医) du Han Feizi · Expliquer par la parabole (《韩非子·喻老》) :
« Bian Que (扁鹊) vit le duc Huan de Cai (蔡桓公) ; après un instant, il dit : Vous avez une maladie dans les stries de la peau ; si elle n’est pas traitée, elle s’aggravera. … Dix jours plus tard, Bian Que, ayant aperçu le duc Huan, tourna les talons et s’enfuit. » (扁鹊见蔡桓公,立有间。扁鹊曰:君有疾在腠理,不治将恐深。……居十日,扁鹊望桓侯而还走。)
Ce qui permit à Bian Que de « connaître la maladie d’un simple regard » (望而知之), ce furent les « quatre diagnostics » (四诊) de la médecine chinoise — l’inspection (望), l’auscultation et l’olfaction (闻), l’interrogatoire (问), la prise du pouls et la palpation (切) — qu’il a fondés. La postérité l’a honoré comme « l’ancêtre de la science du pouls » (脉学之祖) et « l’ancêtre des prescriptions médicales » (医方之祖).
🗣️ Wu Maqi (巫马期) : un médecin parmi les disciples de Confucius
« Wu Maqi (巫马期) sortait à l’apparition des étoiles et rentrait à leur coucher ; sans relâche, ni jour ni nuit, il agissait de sa propre personne, et fit prospérer Shanfu (单父). » (巫马期以星出,以星入,日夜不处以身亲之,而使单父僻。)
— Jardin des discours · Gouvernement (《说苑·政理》), Liu Xiang (刘向) des Han occidentaux, selon une autre attribution Commentaire extérieur du Livre des Odes de Maître Han (《韩诗外传》)
Wu Maqi (巫马期), dont le zi (字, nom de courtoisie) était Ziqi (子旗), aussi écrit « Shi » (施), disciple de Confucius (孔门弟子), fut préfet de Shanfu (单父) (aujourd’hui Shanxian dans le Shandong), gouvernant avec diligence et amour du peuple, sortant aux étoiles et rentrant aux étoiles ; la préface postérieure du Classique de l’acupuncture et de la moxibustion en fiches A et B (《针灸甲乙经》) cite aussi « Wu Maqi » (巫马期) comme représentant des lettrés qui connaissaient la médecine (知医).
À cette époque, la Voie médicale (医道) présentait deux fils : d’une part les médecins de profession représentés par Yi Huan (医缓) de Qin, Yi He (医和) de Qin, Qin Yueren (秦越人) alias Bian Que (扁鹊) ; d’autre part, les germes du médecin-lettré (儒医) représentés par Wu Maqi (巫马期). Les deux côte à côte sans se contredire, préparant les conditions de la grande floraison de la Voie médicale sous les Qin et les Han.
IV. Qin et Han : la fondation du système de la médecine chinoise (221 av. J.-C. — 220 apr. J.-C.)
« Les Han s’élevèrent, corrigèrent les échecs des Qin, recueillirent en grand nombre les livres et les fascicules, et ouvrirent largement la voie aux offrandes de livres. » (汉兴,改秦之败,大收篇籍,广开献书之路。)
— Livre des Han · Traité des arts et des lettres (《汉书·艺文志》), Ban Gu (班固) des Han orientaux
Les Qin et les Han sont l’ère fondatrice du système de la médecine chinoise. Quatre classiques impérissables — le Huangdi Neijing (《黄帝内经》), le Nan Jing (《难经》), le Shennong Bencao Jing (《神农本草经》), le Shanghan Zabing Lun (《伤寒杂病论》) — furent composés successivement au cours de ce millénaire, et la médecine chinoise acquit enfin quatre piliers complets : théorie, diagnostic, matière médicale, prescriptions.
☯ 1. Le Huangdi Neijing (《黄帝内经》) — la source totale de la théorie de la médecine chinoise
La plus ancienne attestation documentaire du Huangdi Neijing (《黄帝内经》) se trouve dans le Livre des Han · Traité des arts et des lettres (《汉书·艺文志》), de Ban Gu (班固) des Han orientaux :
« Le Huangdi Neijing (《黄帝内经》), dix-huit rouleaux. » (《黄帝内经》十八卷。)
Par la suite, le Suwen (《素问》) et le Lingshu (《灵枢》) comptèrent chacun 9 rouleaux, soit 18 rouleaux, pour un total de 162 chapitres (dans l’édition actuelle, Suwen 81 chapitres + Lingshu 81 chapitres) — le nom « Neijing » (《内经》) était dès lors fixé.
Quant à l’époque de composition, le consensus savant est le suivant :
Non l’œuvre d’un seul moment, d’un seul homme, d’un seul lieu, composé des Royaumes combattants jusqu’aux Qin et aux Han, à travers de multiples rassemblements, ajouts et révisions.
Son contenu embrasse tout :
- Le yin-yang et les cinq phases (阴阳五行) — vision et méthode de l’univers
- Les systèmes des organes et les méridiens (藏象经络) — structure du corps humain et voies du qi
- Étiologie et pathogénie (病因病机) — « Les maux naissent, soit du yin, soit du yang » (夫邪之生也,或生于阴,或起于阳) (Lingshu · De l’origine des cent maladies, 《灵枢·百病始生》)
- Méthodes diagnostiques et principes thérapeutiques (诊法治则) — « Celui qui sait diagnostiquer observe le teint et palpe le pouls, et discerne d’abord le yin et le yang » (善诊者,察色按脉,先别阴阳) (Suwen · Grand traité de l’union du yin et du yang avec les phénomènes, 《素问·阴阳应象大论》)
- Entretien de la vie et prévention (养生预防) — « L’artisan supérieur traite la maladie avant qu’elle naisse, et non lorsqu’elle est déjà là » (上工治未病,不治已病) (Lingshu · Grand traité de l’harmonisation des quatre qi avec l’esprit, 《灵枢·四气调神大论》)
Le Neijing (《内经》) n’est pas l’ouvrage d’un seul « auteur », mais le grand rassemblement de l’expérience de la Voie médicale, de la haute antiquité de la nation chinoise jusqu’aux Qin et aux Han. La « pensée par les images » (象思维) qu’il a instituée — qui prend pour outils de raisonnement le yin-yang, les cinq phases, l’essence et le qi, et qui envisage la vie sous l’angle de la fonction, du mouvement, de la connexion d’ensemble — demeure encore aujourd’hui la logique de fond de la clinique de la médecine chinoise.
Après le Neijing (《内经》), la « Voie de Qihuang » (岐黄之道) est vraiment passée de la légende au canon lisible, étudiable et transmissible.
📜 2. Le Nan Jing (《难经》) — suppléer aux lacunes du Neijing
« Le Classique des quatre-vingt-une difficultés de l’Empereur Jaune (《黄帝八十一难经》), c’est bien l’œuvre de Qin Yueren (秦越人) de Bohai. » (《黄帝八十一难经》者,斯乃勃海秦越人之所作也。)
— Recueil de commentaires du Nan Jing · Préface de Yang Xuancao (《难经集注·杨玄操序》), Yang Xuancao (杨玄操) des Tang
Le Nan Jing (《难经》), dont le titre complet est Classique des quatre-vingt-une difficultés de l’Empereur Jaune (《黄帝八十一难经》), est attribué, par prête-nom, à Bian Que (扁鹊, Qin Yueren 秦越人), mais fut en réalité composé à l’époque des Han orientaux. L’ouvrage, selon le modèle des « questions et difficultés » (问难), comporte 81 questions, qui complètent le Neijing (《内经》) sur les points insuffisants de la science du pouls, des méridiens, de l’acupuncture, des systèmes des organes — systématisant en particulier la méthode de prise du pouls « en ne prenant que le cunkou » (独取寸口), œuvre fondatrice de la science du pouls pour la postérité.
🌿 3. Le Shennong Bencao Jing (《神农本草经》) — l’œuvre pionnière de la matière médicale
Le Shennong Bencao Jing (《神农本草经》) est le plus ancien traité de matière médicale encore conservé, composé sous les Han orientaux (selon une autre version, à la fin des Han occidentaux), attribué par prête-nom à Shennong (神农), mais en réalité rassemblé par des médecins de plusieurs générations.
Son plan est d’une extrême rigueur :
- Recense 365 drogues — « en correspondance avec le nombre des cycles célestes » (应周天之数)
- Divise en trois catégories : supérieure, moyenne, inférieure :
- Catégorie supérieure : 120 drogues — « Servent à entretenir le destin et répondent au Ciel ; non vénéneuses ; prises longtemps et souvent, elles ne nuisent pas à l’homme » (主养命应天,无毒,多服久服不伤人) (par exemple le ginseng (人参), la réglisse (甘草), le longane (龙眼))
- Catégorie moyenne : 120 drogues — « Servent à nourrir la nature et répondent à l’homme ; non vénéneuses ou vénéneuses, il faut en user avec discernement » (主养性应人,无毒有毒,斟酌其宜) (par exemple l’angélique (当归), l’éphédra (麻黄), la pivoine (芍药))
- Catégorie inférieure : 125 drogues — « Servent à traiter la maladie et répondent à la Terre ; souvent vénéneuses, elles ne sauraient être prises longtemps » (主治病应地,多毒,不可久服) (par exemple la rhubarbe (大黄), l’aconit (附子), la pinellia (半夏))
Son ossature — les quatre qi (四气) (froid, chaud, tiède, frais) et les cinq saveurs (五味) (acide, amer, doux, piquant, salé), le souverain, le ministre, l’adjuvant et l’émissaire (君臣佐使), les sept modes de combinaison (七情配伍) — n’a pas changé en deux mille ans, et demeure à ce jour la norme fondamentale de l’usage clinique des drogues en médecine chinoise.
🧘 4. Le Shanghan Zabing Lun (《伤寒杂病论》) — la pierre angulaire clinique du traitement par syndromes
« Mon lignage était de tout temps nombreux … bouleversé par les pertes d’antan, affligé de ne pouvoir secourir ceux que la mort fauchait prématurément, je me mis donc avec ardeur à étudier les anciens enseignements, à recueillir largement les formules de tous … et composai le Shanghan Zabing Lun (《伤寒杂病论》), en seize rouleaux. » (余宗族素多,……感往昔之沦丧,伤横夭之莫救,乃勤求古训,博采众方,……为《伤寒杂病论》合十六卷。)
— Zhang Zhongjing (张仲景) des Han orientaux, Préface originelle du Shanghan Zabing Lun (《伤寒杂病论·原序》)
Zhang Zhongjing (张仲景) (env. 150–219 apr. J.-C.), natif de Nanyang sous les Han orientaux, honoré par la postérité comme « le Saint de la médecine » (医圣).
À la fin des Han orientaux, de grandes épidémies faisaient rage — depuis l’ère Jian’an (196), en moins de dix ans, sur plus de deux cents personnes du lignage de Zhang, « les deux tiers périrent, et le mal du Shanghan causa sept de ces dix décès » (死亡者三分有二,伤寒十居其七) — Zhongjing, « bouleversé par les pertes d’antan, affligé de ne pouvoir secourir ceux que la mort fauchait prématurément » (感往昔之沦丧,伤横夭之莫救), « s’appliqua avec ardeur à étudier les anciens enseignements, et recueillit largement les formules de tous » (勤求古训,博采众方), et composa en seize rouleaux le Shanghan Zabing Lun (《伤寒杂病论》).
Note : Ni le Livre des Han postérieurs (《后汉书》) ni les Mémoires des Trois Royaumes (《三国志》) ne consacrent de biographie à Zhang Zhongjing ; les éléments sur sa vie proviennent principalement de la préface du Classique de l’acupuncture et de la moxibustion en fiches A et B (《针灸甲乙经》序) de Huangfu Mi (皇甫谧) des Jin, du « Registre des médecins célèbres » (《名医录》) de Gan Bozong (甘伯宗) des Tang, et de la collation et commentaire du Shanghan Lun (《伤寒论》校注) de Lin Yi (林亿) des Song.
La plus grande contribution de cet ouvrage est d’avoir fondé le système clinique du « traitement par syndromes » (辨证论治) :
- Diagnostic par les six méridiens (六经辨证) (taiyang, yangming, shaoyang, taiyin, shaoyin, jueyin) — le Shanghan (伤寒)
- Traitement des maladies complexes (杂病论治) (diagnostic par les organes et les méridiens) — le Jinkui (金匮)
Il posa le principe clinique « observer le pouls et les signes, reconnaître la transgression commise, et traiter en suivant le syndrome » (观其脉证,知犯何逆,随证治之), et fut honoré par la postérité comme « l’ancêtre des livres de prescriptions » (方书之祖) — les formules consignées dans l’ouvrage, telles que la décoction d’éphédra (麻黄汤), la décoction de brindilles de cannelle (桂枝汤), la petite décoction de buplèvre (小柴胡汤), la Poudre des cinq [ingrédients avec] Poria (五苓散), demeurent à ce jour des recettes d’usage courant en clinique de la médecine chinoise.
Quatre classiques : un de théorie, un de science du pouls, un de matière médicale, un de prescriptions ; désormais le système de la médecine chinoise est complet, et la Voie de Qihuang (岐黄之道) a un canon sur lequel s’appuyer, un savoir qui peut se transmettre.
V. La sagesse essentielle de la Voie de Qihuang
Trois mille ans de Voie médicale se condensent finalement en cinq sagesses essentielles. Elles ne sont pas des articles morts, mais des âmes vivantes.
| Sagesse essentielle | Source canonique | Quintessence en une phrase |
|---|---|---|
| La vision holistique (整体观) | Suwen · Grand traité de l’union du yin et du yang avec les phénomènes (《素问·阴阳应象大论》) | L’homme est un tout ; l’homme et le Ciel-Terre sont un tout |
| Le traitement par syndromes (辨证论治) | Shanghan Lun (《伤寒论》), article 16 | « Observer le pouls et les signes, reconnaître la transgression commise, et traiter en suivant le syndrome » (观其脉证,知犯何逆,随证治之) |
| Traiter la maladie avant qu’elle ne se déclare (治未病) | Lingshu · Grand traité de l’harmonisation des quatre qi avec l’esprit (《灵枢·四气调神大论》) | « L’artisan supérieur traite la maladie avant qu’elle naisse, et non lorsqu’elle est déjà là » (上工治未病,不治已病) |
| L’unité de l’homme et du Ciel (天人合一) | Suwen · Traité de la préservation de la vie et de la complétude de la forme (《素问·宝命全形论》) | « L’homme naît du qi du Ciel et de la Terre, et s’accomplit selon les lois des quatre saisons » (人以天地之气生,四时之法成) |
| Le yin-yang et les cinq phases (阴阳五行) | Suwen · Grand traité de l’union du yin et du yang avec les phénomènes (《素问·阴阳应象大论》) | « Le yin et le yang sont la Voie du Ciel et de la Terre, le pivot des dix mille êtres » (阴阳者,天地之道也,万物之纲纪) |
Ces cinq sagesses, en apparence mystérieuses, sont en réalité les plus simples — traiter l’homme en homme, la maladie en processus, la santé en responsabilité.
VI. Pourquoi la médecine chinoise a-t-elle traversé trois mille ans sans décliner
« Tout grand médecin, lorsqu’il traite la maladie, doit avant tout apaiser l’esprit et fixer la volonté ; être sans désir et sans recherche ; faire naître d’abord un grand cœur de compassion et d’empathie. » (凡大医治病,必当安神定志,无欲无求,先发大慈恻隐之心。)
— Sun Simiao (孙思邈) des Tang, Prescriptions valant mille onces d’or pour les urgences · De l’essence et de la sincérité du grand médecin (《备急千金要方·大医精诚》)
Trois mille ans de Voie médicale, entre dynasties qui se sont succédé, guerres incessantes, épidémies innombrables, les arts de Qihuang (岐黄之术) pourtant tombés et relevés sans cesse, transmis sans interruption, tirent leur racine de quatre points :
1. L’efficacité clinique
La médecine chinoise n’est pas de la métaphysique, n’est pas un symbole culturel, mais un système médical qui soigne véritablement. De la décoction d’éphédra (麻黄汤) qui traite les atteintes externes, de la petite décoction de buplèvre (小柴胡汤) qui harmonise le shaoyang, à l’analgésie par acupuncture (针灸镇痛), la réduction des fractures par massage (推拿正骨), le réchauffement du yang par moxibustion (艾灸温阳) — des millénaires d’essais sur le corps humain ont sélectionné d’innombrables formules, drogues et thérapies d’efficacité éprouvée.
En 2015, la scientifique chinoise Tu Youyou (屠呦呦), pour avoir isolé à partir de l’armoise chinoise (青蒿) l’artémisinine (青蒿素), qui traite le paludisme, reçut le prix Nobel de physiologie ou de médecine (cérémonie de remise le 10 décembre 2015), ce qui constitue la contribution emblématique de la médecine chinoise à la médecine mondiale (selon le site officiel du prix Nobel).
2. Un système théorique complet
À la différence de la médecine d’expérience populaire, la médecine chinoise, depuis le Neijing (《内经》), possède le yin-yang, les cinq phases, les systèmes des organes, les méridiens, l’étiologie et la pathogénie, etc., tout un ensemble théorique déductible, vérifiable et transmissible. Théorie + clinique, deux voies marchant de concert : c’est la clé qui a permis à la médecine chinoise de dépasser le plan de l’expérience pour accéder à celui d’une discipline.
3. La transmissibilité
La médecine chinoise a deux lignes de transmission :
- La transmission par les canons — mot à mot, le feu transmis d’une torche à l’autre
- La transmission de maître à disciple — fil à fil, l’initiation orale de cœur à cœur
« Le maître guide le disciple » et « lire les classiques », menés de front, ont garanti la continuité vivante de la Voie de Qihuang (岐黄之道).
4. L’identité culturelle
« Si l’on n’est pas un bon Premier ministre, que l’on soit au moins un bon médecin. » (不为良相,便为良医。)
C’est le célèbre mot de Fan Zhongyan (范仲淹) (Song du Nord) (cité au juan 13 des Notes du Studio Nenggai (《能改斋漫录》) de Wu Zeng (吴曾) des Song), et c’est aussi l’aspiration collective des lettrés chinois. La médecine chinoise est profondément enchâssée dans la culture chinoise — le yin-yang vient du Livre des Mutations (《易》), les cinq phases viennent du Livre des Documents · Grand dessein (《尚书·洪范》), l’unité de l’homme et du Ciel (天人合一) vient des Cent écoles des maîtres. Elle n’est pas seulement médecine, mais aussi vision et méthode du monde des Chinois.
D’après la 72e Assemblée mondiale de la Santé de 2019 (Organisation mondiale de la santé), qui adopta la CIM-11 (Onzième révision de la Classification internationale des maladies), incluant pour la première fois la « médecine traditionnelle », l’internationalisation de la médecine chinoise et son statut dans la médecine moderne ont reçu une reconnaissance mondiale officielle.
VII. Conclusion : la Voie médicale ne s’éteint pas, Qihuang brille à jamais
« Ô grand Ciel-Terre, nous autres montons et contemplons ! La Voie de Qihuang luit avec le soleil et la lune. » (大哉乾坤,吾辈登临!岐黄之道,日月共明。)
Trois mille ans ne sont qu’un instant dans le long fleuve de l’histoire ; et la Voie de Qihuang (岐黄之道) n’en est que plus neuve avec le temps.
De la grandeur tragique de Shennong (神农) goûtant cent herbes, à la sagesse de Yi Huan (医缓) dissertant sur le gaohuang ; de l’émerveillement du diagnostic par le regard de Bian Que (扁鹊), à la rigueur du traitement par syndromes de Zhongjing (仲景) ; du premier jaillissement du chaos primordial du Neijing (《内经》), à l’âme des herbes et des arbres du Bencao (《本草》) — la Voie de Qihuang (岐黄之道) n’a jamais été la sagesse d’un seul homme, mais le respect de la vie, l’accompagnement de la nature, la garde de la santé par toute la nation chinoise.
« Qibo (岐伯) dit : … Les hommes de la haute antiquité, ceux qui connaissaient la Voie, suivaient le yin et le yang, s’accordaient aux nombres et aux arts, étaient mesurés dans le boire et le manger, réguliers dans l’activité et le repos, ne se fatiguaient pas en travaux vains ; c’est pourquoi leur corps et leur esprit demeuraient ensemble, et ils pouvaient épuiser la pleine mesure de leur année céleste, et, parvenus à cent ans, s’en allaient. » (上古之人,其知道者,法于阴阳,和于术数,食饮有节,起居有常,不妄作劳,故能形与神俱,而尽终其天年,度百岁乃去。)
— Huangdi Neijing · Suwen · De l’homme vrai des hautes antiquités et de la candeur céleste (《黄帝内经·素问·上古天真论》)
Le Cabinet Qihuang (岐黄书房) est un petit cabinet d’études, qui souhaite être pour vous une lampe, une théière, un texte — afin que, dans la modernité affairée, vous puissiez encore entendre cet écho de la Voie médicale (医道) venu de trois mille ans :
Suivre le yin et le yang, s’accorder aux nombres et aux arts ; être mesuré dans le boire et le manger, régulier dans l’activité et le repos ; garder le corps et l’esprit ensemble, et épuiser la pleine mesure de l’année céleste.
La Voie médicale ne s’éteint pas, Qihuang brille à jamais. Puissions-nous tous être les passeurs de flamme de cette Voie médicale (医道).