Qihuang prend la mer : la médecine chinoise — des épreuves de l'époque moderne à sa marche vers le monde
De la tempête de l'« abolition de la médecine chinoise » à la reconnaissance par l'OMS — le destin et la renaissance d'un siècle de médecine chinoise
« Le médecin supérieur soigne le royaume ; le médecin moyen soigne la personne ; le médecin inférieur soigne la maladie. »
— Sun Simiao (孙思邈), Tang · Prescriptions valant mille onces d’or pour les urgences · Du diagnostic des signes (《备急千金要方·论诊候》)
Beaucoup croient que la médecine chinoise n’est qu’une « vieille relique » — ce sont les aiguilles des musées, les herbes au coin du foyer, les remèdes de grand-père.
Or, les faits sont tout autres.
Depuis la fin du XVIe siècle, Matteo Ricci (利玛窦) qui, dans les Notes de Matteo Ricci sur la Chine (《利玛窦中国札记》), décrivit à l’Europe la prise du pouls de la médecine chinoise, jusqu’au XVIIe siècle, le jésuite polonais Michel Boym (卜弥格) qui publia à Vienne la Flora Sinensis (《中国植物志》); depuis 1929, la tempête de l’« abolition de la médecine chinoise » qui faillit couper la médecine chinoise de sa propre terre, jusqu’en 2015, Tu Youyou (屠呦呦) qui, inspirée par le Zhouhou Beiji Fang (《肘后备急方》) de Ge Hong (葛洪), fut couronnée par le prix Nobel pour l’artémisinine ; puis en 2019, l’adoption de la CIM-11 par l’OMS, et en 2022, l’inscription par l’UNESCO de la « médecine traditionnelle chinoise » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité —
L’art de Qihuang, venu au milieu des épreuves, marche à présent avec sérénité vers le monde.
I. De Ming aux Qing : les commencements de la « transmission occidentale » de la médecine chinoise
📜 1. Matteo Ricci et les Notes de Matteo Ricci sur la Chine (1615)
Matteo Ricci (利玛窦) (1552-1610), missionnaire jésuite italien, arriva en Chine en 1582. Il y passa 28 ans, étudiant à fond la langue chinoise et écrivant de nombreux ouvrages.
Son œuvre posthume, les Notes de Matteo Ricci sur la Chine (《利玛窦中国札记》) (De Christiana Expeditione apud Sinas), fut éditée par Nicolas Trigault (金尼阁) et publiée à 1615 à Augsbourg, en Allemagne, puis traduite en chinois par He Gaoji (何高济), Wang Zunzhong (王遵仲) et Li Shen (李申), et publiée par Zhonghua Book Company en 1983.
Dans ce livre, Ricci, avec l’émerveillement d’un « observateur », introduisit pour la première fois en Europe, de manière systématique, la prise du pouls, les médicaments et l’examen de la langue de la médecine chinoise :
« Les Chinois excellent dans l’étude de maintes choses, et tout particulièrement de ce que les médecins appellent la science du pouls. Ils s’en servent pour distinguer les divers états fonctionnels du corps humain, avec une finesse et une subtilité qui frappent d’admiration. »
C’est l’un des plus anciens témoignages écrits d’un Occidental sur la science du pouls de la médecine chinoise. Ricci ne chercha nullement à nier la médecine chinoise, mais, d’une plume respectueuse, consigna ce qu’il voyait de la médecine chinoise.
Source : Matteo Ricci, Notes de Matteo Ricci sur la Chine, livre I, chapitre X, traduction de He Gaoji et autres, Zhonghua Book Company, 1983.
📖 2. Michel Boym et la Flora Sinensis (1656)
Michel Boym (卜弥格) (1612-1659), missionnaire jésuite polonais, « chercheur de la stèle nestorienne » auprès de la cour des Ming du Sud, fut aussi l’un des premiers Occidentaux à présenter les drogues chinoises à l’Europe.
Sa Flora Sinensis (《中国植物志》) publiée à Vienne en 1656 (Flora Sinensis, Vienne, 1656), est le premier ouvrage d’Europe présentant systématiquement les plantes et drogues chinoises — le livre décrit la rhubarbe, la cannelle, le litchi, la racine de lotus, le lingzhi, le poria, le musc et plus de vingt autres drogues chinoises, accompagnées de gravures sur bois.
C’était la première fois que la matière médicale chinoise se présentait aux yeux des Européens sous la forme de la botanique moderne, et l’ouvrage fut cité plus tard par Carl Linnaeus (林奈) et d’autres.
Source : Flora Sinensis, Michel Boym, Vienne, 1656 ; voir aussi : Edward Kajdański, L’Envoyé de l’Empire chinois : Michel Boym (《中国皇朝的使臣:卜弥格》), Dàxiàng Chubanshe.
🌍 3. Du Halde et la Description de la Chine (1735)
Jean-Baptiste Du Halde (杜赫德) (1674-1743), jésuite français, mit en ordre les archives des jésuites et publia à Paris, en 1735, la Description de la Chine (《中华帝国全志》) en quatre volumes.
L’ouvrage contient de nombreuses traductions et présentations de la science du pouls, de l’acupuncture, de la matière médicale et des cas cliniques chinois. Le livre influença Voltaire (伏尔泰), Montesquieu (孟德斯鸠) et d’autres penseurs des Lumières, permettant à l’Europe du Siècle des lumières de découvrir pour la première fois, de manière relativement systématique, la médecine chinoise.
🩺 4. L’engouement pour l’acupuncture en Europe au XIXe siècle
Au début du XIXe siècle, l’acupuncture (Acupuncture) fut introduite dans le monde médical européen par l’intermédiaire de missionnaires français tels que Joachim Bouvet (白晋) et Pierre Suli (皮埃尔·苏里·德莫朗). Vers 1810, des médecins français commencèrent à essayer l’acupuncture pour l’analgésie en clinique. En 1822, le médecin britannique James Morss Churchill (约翰·丘吉尔) publia A Treatise on Acupunturation, introduisant systématiquement l’acupuncture dans le monde anglophone.
Une aiguille d’argent, traversant les mers, prit racine en Europe.
II. Époque moderne : la médecine chinoise dans la tourmente (1840-1949)
Après la guerre de l’Opium, la médecine occidentale entra massivement en Chine avec les missionnaires, les hôpitaux et les facultés de médecine. La médecine chinoise rencontra pour la première fois un véritable « adversaire ».
⚔️ 1. L’école de la « synthèse sino-occidentale » — la sagesse du « chercher ce qui est commun tout en préservant les différences »
Face à l’assaut de la médecine occidentale, de la fin des Qing aux premières années de la République, un groupe de pionniers de la médecine chinoise choisit la non-exclusion, et tenta de faire communiquer les deux **médecines, d’en prendre le meilleur. Ce fut l’« école de la synthèse sino-occidentale ».
🤝 Tang Zonghai (1847-1897)
Natif du Sichuan, auteur des Essentiels de la mise en communication des Classiques médicaux chinois et occidentaux (《中西汇通医经精义》) (publié en 1892) — le premier ouvrage médical chinois ayant explicitement pour but la « synthèse sino-occidentale ». Tang formula cette devise : « Ne point conserver les vues qui séparent les territoires ; ne rechercher que la convergence en une seule vérité. »
🤝 Zhu Peiwen (vers la seconde moitié du XIXe siècle)
Natif du Guangdong, auteur du Compendium sommaire des représentations des organes internes selon les Chinois et les Occidentaux (《华洋脏象约纂》) (publié en 1892), qui mettait en regard point par point les organes internes du Huangdi Neijing (《黄帝内经》) et l’anatomie occidentale, le premier ouvrage chinois comparant systématiquement les organes internes dans les deux **médecines**.
🤝 Yun Tieqiao (1878-1935)
Natif du Jiangsu, auteur des Notes de sagesse aperçue dans les Classiques (《群经见智录》) (1922) et de l’Étude du Traité des Maladies Fébriles (《伤寒论研究》). Il formula cette thèse : « La médecine chinoise a une efficacité réelle ; c’est à partir de cette efficacité qu’il faut en chercher le pourquoi. », refutant le rejet sommaire de « la médecine chinoise n’est pas scientifique ».
🤝 Zhang Xichun (1860-1933)
Natif du Hebei, auteur des Notes médicales qui, en restant fidèles au chinois, réfèrent à l’Occident (《医学衷中参西录》), en trois séries et trente volumes, le plus complet et le plus riche en valeur pratique des ouvrages cliniques de l’école de la synthèse. Sa formule personnelle de la « décoction d’aspirine et de gypse » (aspirine occidentale + gypse chinois associés), est tenue pour un exemple précoce de l’usage combiné des médicaments chinois et occidentaux.
« Rester fidèle au chinois, c’est le fondement ; référer à l’Occident, c’est l’auxiliaire. » — Zhang Xichun
Source : Zhang Xichun, Notes médicales qui, en restant fidèles au chinois, réfèrent à l’Occident, édition révisée, Renmin Chubanshe du Hebei, 1957.
📊 Comparaison des quatre grands maîtres de la synthèse
| Médecin | Naissance et mort | Œuvre représentative | Principe central |
|---|---|---|---|
| Tang Zonghai | 1847-1897 | Essentiels de la mise en communication des Classiques médicaux chinois et occidentaux | « Ne point conserver les vues qui séparent les territoires » |
| Zhu Peiwen | XIXe siècle | Compendium sommaire des représentations des organes internes selon les Chinois et les Occidentaux | Mise en regard point par point des organes internes dans les deux médecines |
| Yun Tieqiao | 1878-1935 | Notes de sagesse aperçue dans les Classiques | « Chercher le pourquoi à partir de l’efficacité réelle » |
| Zhang Xichun | 1860-1933 | Notes médicales qui, en restant fidèles au chinois, réfèrent à l’Occident | « Fidélité au chinois, référence à l’Occident, la clinique comme fondement » |
Source : éditions originales de chaque ouvrage, et éditions collationnées modernes de Zhonghua Book Company et Shanghai Science and Technology Press.
🔥 2. La tempête de l’« abolition de la médecine chinoise » (1912 & 1929)
La plus grande épreuve de la médecine chinoise moderne fut deux crises « institutionnelles » d’abolition.
⚠️ Première crise : l’« affaire de l’omission de la médecine chinoise » en 1912
En 1912, le gouvernement des Beiyang promulgua les Nouveaux décrets sur l’éducation de la République de Chine, qui excluaient la médecine et la pharmacopée chinoises du système universitaire — c’est ce qu’on appelle l’« affaire de l’omission de la médecine chinoise ».
Cet événement suscita la première pétition nationale du milieu de la médecine chinoise, l’Association de médecine chinoise de Shenzhou, les sociétés médicales et d’autres groupements adressèrent au ministère de l’Éducation une supplique conjointe, ce qui força finalement le gouvernement des Beiyang à ne point inscrire noir sur blanc le mot « abolition », mais l’effort pour faire entrer la médecine chinoise dans le système éducatif officiel échoua.
🔥 Deuxième crise : l’« abolition de l’ancienne médecine » en 1929
En février 1929, le Comité central de la Santé du gouvernement nationaliste tint sa première session, et le membre de l’époque Yu Yunxiu (余云岫) (Yu Yan 余岩, 1879-1954) déposa la « Proposition d’abolir l’ancienne médecine pour lever les obstacles à l’hygiène médicale », prônant l’élimination progressive de la médecine chinoise en 50 ans.
Si cette proposition avait été adoptée, la médecine chinoise n’aurait plus aucun point d’appui.
🚩 La grande manifestation des médecins chinois du « 17 mars »
La nouvelle se répandit, et l’indignation fut générale dans tout le pays. Le 17 mars 1929, 17 provinces, 242 groupements de médecine chinoise et 381 représentants se réunirent à Shanghai, pour la « Conférence nationale des groupements de médecine et de pharmacopée », élisant Xie Guan (谢观), Lu Yuanlei (陆渊雷), Yun Tieqiao (恽铁樵) et d’autres comme représentants pour aller présenter la pétition à Nankin. Après la conférence, le 17 mars fut institué « Journée de la médecine nationale chinoise ».
Après une lutte acharnée, cette proposition ne fut finalement pas adoptée. Mais le statut légal, le droit d’enseigner et le droit d’examen de la médecine chinoise restèrent vacillants durant de longues années.
Source : Le Printemps du monde médical (《医界春秋》, 1926-1937, sous la dir. de Zhang Zanchen 张赞臣), numéros 34-39 ; Deng Tietao (dir.), Histoire générale de la médecine chinoise · Volume moderne, Renmin Weisheng Chubanshe, 2000.
Une médecine, déclarée « ancienne médecine » sur sa propre terre — voilà qui est absurde, et voilà qui est tragique.
III. Chine nouvelle : la « renaissance du phénix » de la médecine chinoise (1949 à aujourd’hui)
🌟 1. Après 1949 : « La médecine et la pharmacopée chinoises sont un grand trésor »
Après 1949, le destin de la médecine chinoise fut bouleversé de fond en comble.
« La médecine et la pharmacopée chinoises sont un grand trésor, que l’on doit s’efforcer de mettre au jour et d’élever. »
— Mao Zedong, 11 octobre 1958, instruction sur le Rapport de synthèse du groupe du parti au ministère de la Santé sur l’organisation du cours de détachement de médecins occidentaux étudiant la médecine chinoise
- 1950 : la première Conférence nationale du travail sanitaire établit la politique de « rassembler les médecins chinois et occidentaux »
- 1956 : l’Institut de médecine chinoise de Pékin, l’Institut de médecine chinoise de Shanghai, l’Institut de médecine chinoise de Canton, l’Institut de médecine chinoise de Chengdu furent successivement fondés ; la médecine chinoise entra pour la première fois dans l’enseignement supérieur moderne
- La « combinaison de la médecine chinoise et de la médecine occidentale » devint l’un des principes fondamentaux de la politique sanitaire nationale
Source : archives du ministère de la Santé de la République populaire de Chine ; Histoire générale de la médecine chinoise · Volume contemporain, Renmin Weisheng Chubanshe, 2000.
🏆 2. Tu Youyou et l’artémisinine (prix Nobel 2015)
Tu Youyou (屠呦呦) (1930-), native de Ningbo dans le Zhejiang, chercheuse à l’Académie chinoise des sciences de la médecine traditionnelle chinoise, lauréate du prix Nobel de physiologie ou de médecine 2015, la première scientifique chinoise de souche à recevoir un prix Nobel dans le domaine des sciences naturelles.
L’inspiration de sa récompense vint d’un texte ancien de la médecine chinoise vieux de 1700 ans —
« Une poignée d’armoise verte, infusée dans deux sheng d’eau, exprimer le jus et le boire entièrement. »
— Ge Hong (葛洪), Jin de l’Est · Prescriptions d’urgence à garder sous le coude · Recettes pour traiter les fièvres paludéennes (《肘后备急方·治寒热诸疟方》) (vers 340 apr. J.-C.)
En 1969, Tu Youyou fut nommée chef du « Projet 523 » (recherche de nouveaux médicaments antipaludiques). S’inspirant du mot « macération » (trempage dans l’eau froide) plutôt que de « décoction » (ébullition à haute température) de la Prescription d’urgence à garder sous le coude, elle réussit en 1971 à extraire l’artémisinine ; en 1972, la vérification clinique fut achevée.
Les médicaments de la classe de l’artémisinine ont sauvé des millions de patients du paludisme dans le monde, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en a fait « le médicament de premier choix pour le traitement du paludisme au XXIe siècle ».
Source : Tu Youyou, « L’artémisinine — un présent de la médecine traditionnelle chinoise au monde », article spécial dans Nature en 2011 ; annonce officielle du prix Nobel 2015.
C’est la plus grande contribution de la médecine chinoise à la médecine mondiale.
📚 3. Reconnaissance par l’OMS : la CIM-11 inclut la médecine traditionnelle (2019)
Le 25 mai 2019, la 72e Assemblée mondiale de la Santé, à Genève, adopta la CIM-11 (Classification internationale des maladies, 11e révision).
C’est la première fois en plus de 100 ans d’existence de la CIM que la « médecine traditionnelle » y est incluse — le chapitre 26 de la CIM-11 est consacré aux « pathologies de la médecine traditionnelle » (Traditional Medicine Conditions), recensant 150 noms de pathologies de la médecine traditionnelle, couvrant les systèmes de la médecine chinoise, de l’acupuncture, de l’ayurvéda, entre autres.
« ICD-11 enables, for the first time, the counting of traditional medicine services and encounters » (« La CIM-11 rend possible, pour la première fois, le décompte des services de médecine traditionnelle ») — site officiel de l’OMS.
La CIM-11 est entrée officiellement en vigueur le 1er janvier 2022.
Source : OMS, Présentation de la CIM-11 et chapitre 26 ; résolution WHA72.15 de la 72e Assemblée mondiale de la Santé (mai 2019).
🏛️ 4. Liste de l’UNESCO : la médecine traditionnelle chinoise (2022)
Du 28 novembre au 3 décembre 2022, le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) tint à Rabat, au Maroc sa 17e session.
La session inscrivit officiellement la « médecine traditionnelle chinoise » (Traditional Medicine of China) sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
C’est le 43e élément chinois inscrit sur la liste de l’UNESCO, et c’est aussi, pour la médecine chinoise, la reconnaissance culturelle de plus haut niveau obtenue au plan international.
Source : site officiel ich.unesco.org, numéro 01965, Traditional medicine of China, inscrit en 2022.
📜 Cinq grands moments historiques (1949-2022)
| Année | Événement | Signification |
|---|---|---|
| 1958 | Instruction de Mao Zedong sur « le grand trésor » | Pierre d’angle politique du renouveau de la médecine chinoise |
| 1956 | Fondation des quatre instituts de médecine chinoise | La médecine chinoise entre dans l’enseignement supérieur moderne |
| 2015 | Tu Youyou reçoit le prix Nobel | Contribution majeure de la médecine chinoise à la médecine mondiale |
| 2019 | L’OMS adopte la CIM-11 | La médecine traditionnelle entre pour la première fois dans la classification internationale des maladies |
| 2022 | L’UNESCO l’inscrit sur la liste du patrimoine immatériel | La médecine chinoise reçoit la reconnaissance internationale de son identité culturelle |
Source : voir les citations détaillées dans les sections précédentes.
IV. La médecine chinoise à l’étranger : en marche vers le monde
« Les pêchers et les pruniers ne parlent pas, et pourtant un sentier se forme sous eux. » — Mémoires historiques · Biographie du général Li (《史记·李将军列传》)
🏯 1. Japon : la médecine Kampō
La médecine chinoise, transmise au Japon depuis les Sui et les Tang, s’y est transformée en « médecine Kampō » (漢方, Kanpō).
- 148 préparations de Kampō sont inscrites au régime d’assurance-maladie japonais (cahier des charges des médicaments Kampō du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales)
- Les utilisateurs de longue durée de médicaments Kampō se comptent par millions
- 1976 : la « Société japonaise de médecine d’Extrême-Orient » (日本東洋医学会) est fondée, puis réorganisée en « Société japonaise de médecine Kampō » (日本漢方医学会)
- 2012 : la « Société japonaise de médecine chinoise » (日本中医学会) est fondée, et coexiste avec la Société de médecine Kampō
Source : ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, Cahier des charges des médicaments Kampō ; Yagumo Dōmei, Histoire de la médecine Kampō (《汉方医学史》).
🌏 2. Corée : la médecine coréenne (Hanui)
La médecine chinoise, parvenue dans la péninsule coréenne, s’y transforma en « Hanui » (한의학, médecine coréenne). La Corée compte actuellement 11 universités de médecine coréenne (statistique de la seconde moitié des années 2010), la médecine coréenne fait partie du système médical légal coréen, et coexiste avec la médecine occidentale.
🩺 3. Europe et États-Unis : du rejet à la reconnaissance
🇺🇸 États-Unis : légalisation de l’acupuncture (années 1970-1997)
- 1971 : le journaliste James Reston (詹姆斯·罗斯顿) publia dans le New York Times un article relatant son expérience de l’analgésie post-opératoire par acupuncture, ce qui suscita l’attention du public américain
- 1973 : l’État du Nevada fut le premier à légaliser l’acupuncture
- Novembre 1997 : les National Institutes of Health (NIH) américains tinrent la conférence de déclaration de consensus sur l’acupuncture (NIH Consensus Statement), reconnaissant officiellement l’efficacité de l’acupuncture pour certaines pathologies — c’était la première fois qu’une institution officielle américaine appuyait l’acupuncture
- Aujourd’hui, les 50 États américains reconnaissent l’acupuncture, et des cliniques de médecine chinoise sont présentes dans de grandes villes comme New York, San Francisco et Los Angeles
Source : NIH Office of Alternative Medicine, Acupuncture Consensus Statement, 1997.
🇪🇺 Europe : de la France au Royaume-Uni
- France : premier pays européen à accueillir l’acupuncture, déjà essayée en milieu hospitalier dans les années 1820
- Royaume-Uni : en 2016, adoption du Traditional Herbal Medicinal Products Regulation
- Allemagne : depuis 2015, certains traitements d’acupuncture sont remboursés par l’assurance-maladie
🌍 4. Le monde : plus de 180 pays et territoires
Selon les données publiques de l’Organisation mondiale de la santé, la médecine et la pharmacopée chinoises se sont déjà répandues dans plus de 180 pays et territoires, et le nombre de personnes dans le monde ayant eu recours à la médecine chinoise se compte par milliards.
Source : OMS, Stratégie pour la médecine traditionnelle 2014-2023, 2019-2023, who.int.
V. Pourquoi le Cabinet Qihuang (岐黄书房) écrit ce texte
« Qui ne connaît pas le chemin par où l’on est venu ne peut pas tracer le chemin à suivre. »
Écrire ce long article, ce n’est pas par nostalgie du passé, mais pour que chacun de vous, lecteur, sache trois choses —
🌱 1. La médecine chinoise n’est pas une « vieille relique »
La médecine chinoise est un système médical vivant qui continue d’être étudié, validé et accueilli par le monde. Depuis 1656, la Flora Sinensis née à Vienne, jusqu’en 2015, l’artémisinine couronnée à Stockholm, jusqu’en 2019, la CIM-11 adoptée à Genève —
La médecine chinoise n’a jamais cessé de « prendre la mer », et n’a jamais cessé de « grandir ».
🌏 2. La médecine chinoise est un composant essentiel du soft power de la civilisation chinoise
La médecine chinoise n’est pas une « médecine » isolée, elle est un ensemble combinant astronomie, géographie, météorologie, phénologie, philosophie et éthique — elle porte la pensée orientale de « l’unité du Ciel et de l’homme », de « l’harmonie du yin et du yang », du « traitement individualisé », et constitue une contribution unique de la civilisation chinoise au monde.
🪶 3. Le Cabinet Qihuang : la « sincérité » appuyée sur des sources
Chaque contenu publié sur le site du Cabinet Qihuang —
- Les citations de textes anciens sont toujours marquées de XX·XX (titre de l’œuvre et chapitre)
- Les données modernes sont toujours accompagnées de l’institution et de la référence
- Les contenus controversés sont toujours introduits par « selon une source » ou « d’après ce qui est rapporté »
Nous ne cherchons pas à être des « médecins divins » autoproclamés, mais à être des « passeurs culturels » appuyés sur des sources.
VI. Les « cinq portes » de l’internationalisation de Qihuang
Si l’on compare le processus d’« internationalisation » de la médecine chinoise au voyage au long cours d’un navire, alors il doit franchir cinq portes —
🚪 Première porte : la porte du langage (XVIe-XVIIIe siècle)
De Matteo Ricci, Michel Boym, Du Halde, jusqu’aux médecins missionnaires du XIXe siècle — traduire les textes médicaux chinois en latin, en français, en anglais.
🚪 Deuxième porte : la porte de la doctrine (XIXe siècle)
De l’anatomie, de la physiologie, de la pharmacologie — relire, dans le cadre de la science moderne, le « qi et le sang », les « méridiens », le « yin et le yang ».
🚪 Troisième porte : la porte de l’institution (XXe-XXIe siècle)
De la tempête de l’abolition, à la fondation des instituts, à la reconnaissance par l’OMS — faire de la médecine chinoise une « médecine légale », et non une « expérience populaire ».
🚪 Quatrième porte : la porte de la preuve (XXe-XXIe siècle)
De l’artémisinine à la médecine fondée sur les preuves pour l’acupuncture — démontrer l’efficacité par les essais cliniques randomisés (RCT) modernes.
🚪 Cinquième porte : la porte de la culture (XXIe siècle)
De la CIM-11 à la liste de l’UNESCO — faire monter la médecine chinoise sur la scène mondiale avec la double identité « médecine + culture ».
« La Voie de Qihuang est à la fois ancienne et moderne ; à la fois chinoise et occidentale ; à la fois du corps et de l’esprit ; à la fois de l’art et de la Voie. »
Conclusion
« Le grand médecin est empreint de sincérité. »
— Sun Simiao (孙思邈), Tang · Prescriptions valant mille onces d’or pour les urgences · De l’essence et de la sincérité du grand médecin (《备急千金要方·大医精诚》)
Il y a cent ans, les partisans de Yu Yunxiu voulaient couper la médecine chinoise de sa racine en Chine même ; cent ans plus tard, la médecine chinoise est entrée dans la CIM de l’OMS, et dans la « Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité » de l’UNESCO.
En cent ans, la médecine chinoise n’a pas été abattue, et ne s’est pas enfermée sur elle-même — elle a appris, dans la tempête, à coexister avec la médecine occidentale, à accepter, dans le doute, l’épreuve de la science moderne, et à s’ouvrir au monde.
C’est la résilience de la civilisation orientale, c’est la victoire de « l’art de Qihuang », et c’est aussi le résultat porté ensemble par des générations de praticiens chinois, de praticiens occidentaux, d’hommes de culture et de patients.
📜 Qihuang prend la mer, un siècle de gloire ; 🌏 Qihuang prend la mer, en ce moment même ; 🌱 Qihuang prend la mer, l’avenir est devant nous.
Puisse chacun de vous, lecteur, — savoir que la médecine chinoise n’est pas qu’une « vieille relique », savoir que la médecine chinoise est en train d’être vue par le monde, savoir que votre lien avec cette médecine millénaire est loin d’être terminé.
« La route est longue et lointaine, je la parcourrai en haut et en bas, en quête. » — Qu Yuan (屈原), Royaumes combattants · Li Sao (《离骚》)
Le Cabinet Qihuang, avec vous, continue d’interroger les remèdes, d’interroger la Voie, d’interroger le sort des hommes.